La capitale prise, les taliban se signalèrent au monde par un acte d’une brutalité extrême contraire à l’islam et au droit international.
Le président Nadjiboullah vivait à Kaboul avec son frère sous la protection des Nations unies depuis la chute du gouvernement communiste en avril 1992 et sa tentative de fuite vers l’Inde avortée par des membres de la Garde nationale. Dans le complexe de l’ONU, il disposait d’un téléphone satellite pour dialoguer avec sa femme et ses trois filles réfugiées à New Delhi, de livres, de la télévision par satellite et d’une salle de sport. Entre 1992 et 1996, toutes les factions afghanes avaient respecté l’immunité diplomatique des locaux de l’ONU et sa sécurité n’avait jamais été mise en danger.
Avec l’approche des taliban, se posa la question de la sécurité de l’ancien président. Après la chute de Sarobi, Nadjiboullah demanda aux représentants de l’ONU à Islamabad de préparer son évacuation et celle de son frère, de son secrétaire particulier et de son garde du corps. Mais, en l’absence de représentant des Nations unies à Kaboul, la prise en charge de l’ancien président et de son entourage ne put se faire.
Le commandant Massoud lui demanda à plusieurs reprises de quitter la capitale et de les suivre dans le nord. Dans l’après-midi du 26 septembre, un des généraux de Massoud lui proposa de quitter la ville avec ses hommes. Nadjiboullah refusa car il estimait que sa sécurité n’était pas garantie dans cette partie du pays. Il se peut aussi qu’il pensait que les taliban, des frères pashtounes, ne pourraient pas intenter à sa vie.
Alors que Kaboul était sur le point de changer de main, les gardes afghans en charge de la protection des locaux de l’Onu s’enfuirent. Dans une dernière tentative désespérée, Nadjiboullah appela à l’aide les représentants de l’ONU à Islamabad, en vain. Son sort était déjà scellé, les taliban ayant constituait un commando de cinq hommes chargés de l’éliminer. Selon Ahmed Rashid, le mollah Abdoul Razzaq se trouvait à la tête du groupe qui s’empara de Nadjiboullah entre une heure et deux heures du matin, quelques heures avant l’entrée des taliban dans la capitale.
Dans son livre L’ombre des taliban, Ahmed Rashid raconte les derniers instants de Nadjiboullah.
« Les taliban entrèrent dans la chambre de Nadjiboullah, le passèrent à tabac, ainsi que son frère, et jetèrent les deux hommes inconscients à l’arrière d’une camionnette qui se rendit au palais présidentiel plongé dans l’obscurité. Là, ils castrèrent Nadjiboullah et traînèrent son corps derrière une jeep, avant de l’achever d’une balle. Son frère subit les mêmes tortures et fut étranglé. Les taliban pendirent les deux cadavres à un poteau de signalisation en béton, juste devant le palais, à quelques pâtés de maisons des locaux des Nations unies ».
Le fait de castrer le président Nadjiboullah peut être lié aux méthodes qu’il employait pour faire parler ses prisonniers. Lorsqu’il était directeur des services secrets afghans, Nadjiboullah adorait supplicier ses victimes en les faisant s’agenouiller devant lui. Puis, il leur faisait ouvrir la bouche, y glissait d’abord un entonnoir puis son pénis avant d’uriner.
« A l’aube, des habitants curieux vinrent regarder les deux corps gonflés et mutilés pendus par du fil de fer. Ils avaient des cigarettes entre les doigts et les poches débordantes de billets de banque afghans – pour mieux transmettre le message des taliban sur leur débauche et leur corruption. Les deux autres compagnons de Nadjiboullah s’étaient échappés. Rattrapés alors qu’ils tentaient de fuir la ville, ils furent aussi torturés et pendus », poursuit Ahmed Rashid.
Ainsi commença le règne des taliban.



