Sayed Perwiz Kambakhsh, 23 ans, a été condamné à mort par trois juges en vertu de l’article 130 de la constitution afghane qui permet, en l’absence de loi, à une cour de statuer en s’appuyant sur la jurisprudence hanafite. Le procès, qualifié d’expéditif par Reporters sans frontières, s’est déroulé à huis clos.
Kambakhsh a été arête en octobre 2007. Etudiant à l’université de Balkh et reporter du Jahan-e Naw (Le Monde nouveau), il avait fait circuler dans sa classe un texte controversé sur les sourates du Coran concernant les femmes. Certains étudiants l’ont jugé contraire à l’islam et ont alerté les autorités. Il est aujourd’hui acquis que Kambakhsh n’était pas l’auteur du document controversé. Il l’a en fait imprimé sur un site Internet iranien.
Dans un premier temps, les journalistes de la région de Balkh ont tenté d’obtenir la libération de l’étudiant en journalisme. Mais, après l’échec des négociations avec les autorités locales, ils ont rendu publique l’incarcération de leur collègue et ont appelé à sa libération dans une lettre envoyée au président afghan, Hamid Karzaï.
C’était sans compter sur les religieux qui se sont saisis de l’affaire avec la complicité des autorités judiciaires provinciales. La semaine dernière, des religieux originaires des provinces de Balkh et Koundouz, au nord-est du pays, ont organisé une manifestation à Mazâr-e Sharif. Puis, saisi par le procureur, le Conseil des Mollahs demande la peine de mort contre le journaliste pour « insulte envers des textes sacrés » et mis en garde les autorités contre la libération du journaliste.
Pourtant, « toute affaire de presse doit d’abord passer devant la Commission d’évaluation des médias, avant d’être traduite en justice. De plus, la justice n’a été consultée par le procureur qu’après le Conseil des Mollahs, qui a demandé la peine de mort pour insulte envers des textes sacrés », a rappelé le frère de Sayed Perwiz Kambakhsh, Sayed Yakoub Ibrahimi, également journaliste.
Lundi, le vice-procureur Hafizôllah Khaliqyar, a menacé d’emprisonnement tous les journalistes qui soutiendraient leur confrère incarcéré, lors d’une conférence de presse à Mazâr-e Sharif
Dans un communiqué, Reporters sans frontières a rappelé « l’influence croissante des groupes fondamentalistes sur le débat intellectuel ». « Les accusations de blasphème contre l’Islam cachent mal la volonté des autorités locales de porter atteinte à la liberté de la presse », selon le texte.
L’affaire Kambakhsh pourrait également avoir un volet politique. En effet, selon le président de l’Association des journalistes indépendants en Afghanistan (AIJA), Rahimôllah Samandar, la détention du journaliste est liée à « des articles critiques » écrits par Sayed Yakoub Ibrahimi, contre les abus des commandants du nord-est du pays (lire la traduction d’un article écrit par Sayed Yakoub Ibrahimi : Nord de l’Afghanistan : l’ennemi de l’intérieur).
Avec Reporters sans frontières et AP



