Sa mort est un coup terrible pour Kaboul. Le président afghan, Hamid Karzaï, a condamné l’attaque et rendu hommage au défunt, « fils courageux de cette terre qui s’est opposé aux ingérences étrangères, au terrorisme et au meurtre ». Populaire et respecté, Khakrezwal était un farouche adversaire des taliban et du gouverneur de la province, Assadôllah Khalid. En revanche, il soutenait la présence militaire étrangère.
L’assassinat de Malim Akbar Khakrezwal renvoie à la situation politico-militaire qui prévaut dans le district d’Arghandâb, région prospère du nord de Kandahâr où la présence des taliban est minimale. Le district est convoité par les taliban depuis la disparition de l’homme fort de la région, le mollah Naqibollah, emporté en octobre dernier par une crise cardiaque. Malim Akbar Khakrezwal était l’un des plus proches collaborateurs du mollah Naqibollah.
Quinze jours après sa disparition, près de 600 taliban ont pris le contrôle du district avant d’en être chassés trois jours plus tard par une opération des forces américaines, canadiennes et afghanes. Symboliquement, les taliban se sont emparés de la maison du Naqibollah, poussant l’humiliation jusqu’à danser sur le toit de la demeure.
Trois semaines après avoir été chassés du district, les taliban signaient leur retour dans la région par l’attaque nocturne d’un commissariat conduite grâce à des complicités internes. L’opération s’est soldée par la mort de sept policiers. L’enquête a révélé que les taliban avaient infiltré un de leurs hommes au sein de la police locale. L’homme a probablement bénéficié de la mansuétude du chef du commissariat qui avait été mis en garde par le chef du district, Karimollah Naqibi, fils du mollah Naqibollah âgé de 25 ans. Une autre attaque meurtrière s’est produite en avril dernier grâce à des complicités internes.
Le 17 février 2008, une nouvelle étape a été franchie. Une centaine de personnes qui assistaient à des combats de chiens dans le district d’Arghandâb ont été tués dans un attentat-suicide dont la cible était Abdoul Hakim Jan.
Ancien chef de la police provinciale et leader de la tribu Alikozaï, Abdoul Hakim Jan avait été récemment chargé par le gouvernement de Kaboul de protéger le district d’Arghandâb, verrou stratégique qui commande l’accès à Kandahâr par le nord. Pour ce faire, il avait créé une milice composée de membres de la tribu Alikozaï.
Les Alikozaï n’ont pas été affaiblis par les seuls taliban. Ils ont également été les grands perdants des luttes tribales, arbitrées par Kaboul, pour le contrôle de la province de Kandahâr entre 2001 et 2003.
Fin 2001, à la chute des taliban, trois tribus convoitent le pouvoir à Kandahâr :
les Alikozaï rassemblées derrière le mollah Naqibollah,
les Poplazaï, ethnie du président Karzaï relayée localement par son frère, Ahmad Wali,
les Barakzaï dirigés par Gôl Agha Sherzaï.
Les Alikozaï s’emparèrent des forces de sécurité. Gôl Agha Sherzaï prit le contrôle de l’administration et mit la main sur les douanes. Ahmad Wali Karzaï ne se contenta qu’un temps des miettes. Il manœuvra pour marginaliser les Alikozaï, puis Gôl Agha Sherzaï.
Les Alikozaï perdirent progressivement leur capacité à mobiliser des hommes en armes au fur et à mesure de la réalisation du programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration des miliciens. En mars 2005, la direction de la police de Kandahâr leur échappa. Le poste était occupé par le frère de Malim Akbar Khakrezwal, Khân Mohammad, qui, trois mois plus tard, devait perdre la vie à Kandahâr dans un attentat-suicide jamais élucidé.
Sur le plan sécuritaire, la perte d’influence des Alikozaï coïncida avec le retour des taliban dans cette province qui fut leur berceau. Le district d’Arghandâb constitue le chainon manquant de leur stratégie. Ses vergers et ses canaux d’irrigation constituent le terrain idéal pour une guérilla, et un cauchemar pour une armée traditionnelle. Son contrôle est donc vital pour les forces étrangères déployées à Kandahâr. Si les taliban parvenaient à s’implanter dans le district et à rallier à leur cause une partie des Alikozaï, la ville de Kandahâr serait partiellement encerclée, les taliban disposant de solides bastions à l’ouest et au sud-ouest de leur ancienne capitale.
Avec AFP et AP




