L’avancée anglaise sur Ghaznî, Kandahâr et Kaboul


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Traversée par les troupes anglaises de la passe de Bolan au Printemps, 1839

Lord Auckland, nommé gouverneur général des Indes en 1835, fut chargé par Londres de favoriser l’émergence d’un "souverain anglophile" en Afghanistan afin de contrebalancer le Shah de Perse russophile, manipulé par les diplomates du Tsar.

En Juillet 1838, sous l’impulsion anglaise, un accord fut signé à Lahore entre Lord Auckland, Ranjit Singh et Shah Shoja qui prévoyait que l’ex-roi afghan allait reprendre le contrôle de Kaboul et Kandahâr mais qu’il laisserait Peshawar aux mains des Sikhs et la ville d’Herat indépendante. Puis par le manifeste de Simla d’Octobre 1838, le gouverneur général Auckland justifia l’invasion de l’Afghanistan en prétextant de la conduite inamicale de l’émir Dost Mohammad, jugée trop « russophile » à ses yeux. Par ce texte, l’Angleterre s’engagea à aider Shah Shoja à reprendre son trône, puis à faire respecter l’intégrité du territoire afghan. Le traité stipulait toutefois que les troupes britanniques devaient se retirer une fois leur mission accomplie. La grande Bretagne refusait de reconnaître qu’il s’agissait d’une invasion, mais présentait cette intervention comme un soutien au roi légitime. La préparation de l’invasion

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Prise du fort de Ghaznî par les soldats anglais à la faveur de la traîtrise d’un des assiégés qui révéla la présence d’une porte non barricadée

En Décembre 1838, sous le commandement du général John Kean, l’armée de la Compagnie des Indes orientales fut mobilisée pour commencer à préparer l’offensive. Lord Aukland y adjoint neuf régiments de fantassins, trois régiments de cavalerie ainsi que des artificiers et ingénieurs. A son départ, en 1838, le cortège comprenait pas moins de 16.500 hommes d’armes, britanniques et Indiens, et plus de 38000 suiveurs composés de serviteurs, porteurs d’eau, cuisiniers et même femmes de petites vertus.

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Citadelle de Kandahâr investie par les soldats britanniques. Shazada Fath Jang, un des fils de Shah Shoja, y fut nommé gouverneur, mais les décisions étaient véritablement prises par ses conseillers anglais

L’itinéraire le plus court aurait été de passer par la passe de Khyber mais Ranjit Singh, le Maharaja sikh, avait non seulement refusé d’impliquer ses troupes dans cette périlleuse aventure mais il était aussi peu disposé à permettre à une telle force de traverser ses domaines, bordant la célèbre passe. Non désireux de se fâcher avec leur fidèle allié sikh, les Anglais décidèrent de traverser l’Indus et d’aller plus au Sud vers le Sind.

Au printemps 1839, l’armée anglaise arriva à la passe de Bolan, qui du long de ses 65 kilomètres de long, était sous le contrôle de différents petits chefs baloutches. Burnes pour éviter l’affrontement préféra payer le droit de passage.

Au cours des pourparlers, il fut mis en garde du fait que Dost Mohammad était très apprécié en Afghanistan et qu’au contraire Shah Shoja était devenu profondément impopulaire, en raison de sa collaboration avec des forces étrangères. Burnes, déjà hostile à cette expédition, était maintenant persuadé que cette mission allait être très difficile, voire même impossible.

La prise de Kandahar

La première épreuve constituant un véritable test quant à la popularité de Shah Shoja était sans conteste la prise de la ville de Kandahar, ancienne capitale afghane. La cité était entre les mains de Kuhan Dil Khan, gouverneur soumis nominalement à son frère cadet, l’émir Dost Mohammad. Burnes avait encore en tête les dires des Baloutches et son angoisse ne fut qu’accentuée par le fait que ses avertissements auprès de Macnaghten furent totalement ignorés. Mais à l’approche de la ville par l’armée de l’Indus, il reçut la nouvelle que le gouverneur s’était enfui. Shah Shoja, accompagné de sa propre armée prit alors possession de la citée le 25 Avril 1839, et il nomma au passage son second fils, Fateh Jang, gouverneur de la ville. Les Kandahari firent preuve de très peu d’enthousiasme envers leur « libérateur ». Même si Macnaghten était perturbé par le peu de manifestations de joie pour Shah Shoja, il nia l’évidence et devant le fait accompli, les Anglais reprirent la route vers le Nord. Au fur et à mesure que les troupes progressaient, les Anglais achetèrent l’allégeance des tribus dont les territoires étaient traversés.

Le siège de Ghaznî

La ville suivante, sur le chemin de Kaboul, était Ghaznî. La situation de cette dernière était fondamentalement différente de celle de Kandahâr car elle possédait une grande forteresse, réputée pour être imprenable. Cette cité était sous la coupe d’Hyder Ali Khan, un neveu de Dost Mohammad. De plus, des renforts avaient été envoyés de Kaboul, avec à leur tête le prince Afzal Khan.

Très vite, les Anglais comprirent que la prise de cette ville nécessiterait l’utilisation de pièces d’artilleries plus conséquentes que celles dont ils disposaient. Leurs canons légers étaient, en effet, totalement inefficaces devant une telle fortification. La seule solution à leur problème aurait été de faire sauter une des portes. Henry Durand, lieutenant des ingénieurs du Bengale se chargea de cette mission. Il fut épaulé par Mohan Lal, un Cachemiri recruté par Burnes. Par l’intermédiaire de Mohan Lal, les Britanniques bénéficièrent de la trahison d’un des assiégés, passé du côté de l’envahisseur en échange d’une quelconque promesse. Le traître leur révéla une information stratégique : toutes les portes de la cité avaient été emmurées de l’intérieur, à l’exception de la porte de Kaboul. Le général Kean planifia une série d’attaques du côté opposé de la porte non renforcée avec l’intention de détourner l’attention des assiégés. L’attaque eut lieu la nuit et comme prévu par les Anglais, Durand put placer la charge explosive à l’endroit souhaité. Une fois la brèche ouverte, les troupes anglaises s’engouffrèrent dans le fort. Les combats furent violents. Aussi courageux qu’étaient les Afghans, ils étaient en infériorité numérique et disposaient, en outre, d’un armement archaïque en comparaison de celui des Anglais. Les Britanniques conquirent finalement cette position, avant l’arrivée des renforts envoyés par Dost Mohammad, et ils purent ainsi faire le plein de provisions, en pillant les réserves du fort. Ils firent aussi de nombreux prisonniers dont Hyder Ali Khan qui leur tint ses mots : « Tuez moi si vous voulez, mais sachez que vous nous trouverez toujours en face de vous, jusqu’au jour où vous quitterez notre pays ».

L’émir Dost Mohammad, devant le fait accompli, préféra opter pour la voie diplomatique et pour cela il envoya son frère Nawab Abdul Jabbar Khan (1782-1854), qui était anglophone, ouvrir des pourparlers avec les Anglais. Malheureusement, l’initiative afghane se heurta à un refus catégorique de la part de Macnaghten.

Objectif Kaboul

Le 30 Juin, l’armée se remit en route et à peine une semaine plus tard, elle se retrouva dans les envions de Kaboul. La progression fut facile et les Anglais ne rencontrèrent pas vraiment de résistance sérieuse. Pendant ce temps, l’émissaire afghan, revenu de Ghaznî, informa l’émir de l’échec de sa tentative d’ouverture de pourparlers. Le souverain Dost Mohammad, réunit alors autour de lui ses hommes les plus loyaux, et se replia vers la région de Bamiyan. Quelques temps plus tard, il traversa l’Amou Daria et trouva refuge auprès de l’émir de Bokhara. Avant de partir, l’émir avait chargé son frère Nawab Jabbar Khan de mettre sa famille en sécurité. C’est ainsi qu’un convoi regroupant les femmes et les enfants du souverain quitta Kaboul en Août 1839 et prit la direction de la ville de Khulm. Kaboul tomba quelques temps plus tard entre les mains anglaises.








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