Pakistan – Elections 2008

La MMA en déroute

Bassirat.net

mardi 19 février 2008

Traditionnellement, le vote religieux tourne autour de 15 %. Tenues dans un contexte particulier, les élections 2008 devraient déroger à cette règle et marquer l’échec cuisant de la MMA, alliance de partis religieux plus ou moins fondamentalistes.

En 2002, les très bons résultats enregistrés par la Muttahida Majlis-e-Amal (MMA) ont constitué la plus grande surprise des élections générales. La MMA avait envoyé 50 députés à l’assemblée nationale et gagné la majorité des sièges de l’assemblée provinciale de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP). En outre, elle avait scellé une alliance avec la PML-Q, parti pro-Moucharraf, lui permettant de codiriger la province du Baloutchistan.

Cinq ans plus tard, les mollahs sont en net recul. Même si les résultats officiels ne sont pas encore connus, il semble certain qu’ils ne seront en mesure ni de garder le contrôle de la NWFP ni de maintenir une présence significative sur les bancs de l’assemblée nationale.

Dans les zones tribales (Federally Administered Tribal Areas - Fata), la plupart des candidats de la MMA ont été battus. Dans l’agence de Mohmand, c’est un candidat indépendant, Bilal Rehman, qui a été élu député. Dans la circonscription NA-38 (agence de Korram), c’est un dissident de la MMA qui l’emporte tout comme dans le Nord-Waziristan, où le candidat soutenu par le Jamiat Ulema-e Islam de Fazl-ur Rehman (JUI-F) n’arrive qu’en quatrième position. Dans l’agence du Sud-Waziristan, le député en passe d’être élu appartient à la Ligue musulame paksitanaise de Nawaz Sharif.

Comment expliquer cet échec ? Tout d’abord, de nombreuses fraudes avaient émaillé le scrutin de 2002, le général Moucharraf s’appuyant sur les religieux pour affaiblir les principaux partis d’opposition, le PPP et feue Benazir Bhutto et la Ligue musulmane pakistanaise de Nawaz Sharif. Les résultats de 2002, notamment sur le plan national, n’étaient donc pas représentatifs du poids politique des religieux.

Ensuite, la MMA s’est présentée profondément divisée devant les électeurs, une partie de l’alliance appelant au boycott des élections. Le JUI-F est accusé par les autres partis de la coalition de soutenir le président Pervez Mousharraf, allié de Washington dans la lutte antiterroriste, alors que la MMA était parvenue en 2002 à capter le sentiment anti-occidental d’une partie importante de la population. De plus, la MMA s’est frotté à l’exercice du pouvoir et elle a déçu une grande partie de son électorat. La sharia, contrairement aux promesses faites durant la campagne de 2002, n’a pas été introduite dans la NWFP. La corruption n’a pas reculé et la justice sociale, thème favori des islamistes, n’a pas enregistré de progrès notables.

Enfin, la MMA a payé la dégradation de la situation sécuritaire au moment où les violences se rapprochent de Peshawar, capitale de la NWFP. Le scrutin pourrait marquer l’aversion d’une population, minée par la peur inspirée par les groupes armés proches d’al-Qaïda et des talibans qui mènent depuis près d’un an une campagne d’attentats-suicide extrêmement meurtrière dans tout le pays.

Dans un jeu de vases communicants, la déroute de la MMA profite à l’Awami National Party, formation nationaliste pashtoune. L’ANP fait son grand retour sur la scène nationale et dans la province de la Frontière du Nord-Ouest. Le nationalisme pashtoune va-t-il être instrumentalisé par le pouvoir central pour lutter contre les islamistes ?

Avec AFP et Dawn








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