La création du PDPA


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Nour Mohammed Taraki

Le 1er janvier 1965, des sympathisants de gauche se réunirent au domicile de Nour Mohammad Taraki pour mettre en place la structure du mouvement communiste, dans l’optique des élections parlementaires de la 12ème assemblée prévue pour le mois de septembre suivant.

Nour Mohammad Taraki fut désigné secrétaire général. Des membres permanents du comité central furent aussi choisis.

Idéologie et programme

Partant du constat que l’Afghanistan est sous la coupe de seigneurs féodaux incarnés par les grands propriétaires terriens, les riches marchands, les hauts fonctionnaires corrompus et liés aux grands monopoles étrangers, le PDPA estime qu’il revient aux forces progressistes (paysans, ouvriers, intellectuels, petits possédants ruraux urbains et bourgeois) de s’unir pour sortir l’Afghanistan de son sous-développement.

Le PDPA estime que l’Afghanistan dispose de ressources naturelles et d’une main d’œuvre qualifiée qui peuvent être mobilisées rapidement pour élever le niveau de vie des Afghans. Mais, en raison du système féodal, de la domination des riches hommes d’affaires et de la corruption des bureaucrates, l’Afghanistan reste un pays arriéré.

Les communistes prônent la création d’un nouveau système économique qui permettra d’industrialiser l’Afghanistan en réalisant l’union des travailleurs, des artisans, des intellectuels progressistes, des petits et des moyennes propriétaires terriens et des capitalistes nationalistes. L’État pensé par le PDPA est centralisateur, planificateur et régulateur. Il doit s’engager dans la voie de l’indépendance économique en dirigeant l’industrialisation et en recourant aux techniques modernes. Dans le but de préserver le peuple afghan, il doit empêcher l’émergence du capitalisme, même si des capitaux privés sont tolérés pour le développement de l’industrie légère. Le gouvernement envisage de créer des coopératives agricoles et des organismes de crédits destinés à aider les artisans.

Les mesures sociales prévoient l’alphabétisation des garçons et des filles dans leur langue maternelle, la semaine de 40 heures et l’instauration de la sécurité sociale.

Le recrutement

Contrairement aux autres partis communistes, le PDPA ne pouvait pas compter sur une base ouvrière pour recruter ses adhérents. En effet, la classe ouvrière afghane représentait au mieux 20 000 personnes à cette époque. Toutefois, le PDPA pouvait compter sur les blocages de la société afghane pour attirer à lui des sympathisants.

Une société bloquée

La monarchie a tenté de moderniser la société afghane en développant un secteur moderne, en favorisant en particulier une intelligentsia non issue de l’establishment aristocratique par le biais du développement de l’éducation amorcé dès les années 40. Le débouché naturel pour ces générations d’éduqués était l’État dans la mesure où le secteur privé était quasi inexistant, en partie à cause d’une politique d’étatisation de l’économie menée par l’État afghan.

Evolution du nombre d’élèves et d’étudiants (1932-1979)
AnnéePrimaireSecondaireTotalSupérieur
1932 dnd dnd 1 350 dnd
1936 dnd dnd 9 275 dnd
1941 dnd dnd 64 000 dnd
1946 dnd dnd 93 545 dnd
1950/1951 91 414(a) 4 908(b) 96 322 461
1955 111 658 9 300 120 958
1961 213 676 20 133 233 809
1965 358 037 45 248 403 285 3 451
1970 540 685 116 174 656 859 7 732
1974 654 209 172 792 827 006 10 956
1975 784 568(c) 93 497(c) 878 065 12 256
1976 841 046 93 510 934 556 14 214
1977 889 134 98 420 987 554 16 147
1978 942 787 106 544 1 049 331 21 118
1979 929 822 133 433 1 063 255 22 974

Données provenant des annuaires annuels de l’UNESCO.

a Données de 1950 b Données de 1951 c En 1975, les classes 7 et 8 furent incluses au cursus primaire alors qu’elles étaient jusqu’alors partie intégrante du cursus secondaire, ce qui explique les variations brutales d’effectifs entre 1974 et 1975. Dnd : données non disponibles

Or, l’accès au sommet du pouvoir était réservé exclusivement aux membres de l’establishment, plus particulièrement aux membres de la famille royale. Par ailleurs, la capacité d’absorption de l’État de tous les diplômés n’était pas infinie, même si le nombre de fonctionnaires fut multiplié par trois dans les années soixante pour atteindre en 1974 le nombre de 62 422 (56 099 hommes et 6 323 femmes).

Cette situation engendra des frustrations dans les rangs de cette nouvelle intelligentsia qui n’avait aucun espoir d’accéder aux plus hautes responsabilités. Dans certains cas, elle n’avait d’ailleurs pas accès à l’emploi du tout.

Le PDPA put ainsi jouer des frustrations et des arguments économiques pour attirer de nouveaux membres, le salaire d’un fonctionnaire n’étant pas suffisant pour couvrir les dépenses quotidiennes.

Le communisme représentait aussi aux yeux de certains Afghans un moyen d’accéder à la modernité et à un mode de vie plus libéral (consommation d’alcool, athéisme, éducation mixte, vêtements occidentaux) correspondant aux attentes d’une frange de la population qui souhaitait se débarrasser des pesanteurs de la tradition et de la religion.

Trois axes principaux de recrutement

Le PDPA axa principalement ses efforts de recrutement sur les 5 % de la population afghane considérée comme éduquée. Tout naturellement, le secteur de l’éducation fut privilégié. Le parti recruta des professeurs afin d’avoir accès à leurs élèves. Il s’attacha aussi à infiltrer les écoles de formation des professeurs afin de bénéficier d’un maillage complet. En mars 1978, le Cabinet Amin comprenait huit anciens professeurs sur les dix-huit membres qui le composaient. Ce choix de privilégier le recrutement de personnes liées au monde éducatif, donc en principe peu influentes dans la sphère économique ou politique, montre, qu’à ses débuts, le PDPA inscrivait son projet de prise du pouvoir dans la durée. Le deuxième axe de recrutement du PDPA concernait le milieu des médias : journalistes, éditeurs, programmateurs d’émissions de radio …

Enfin, le parti tenta d’infiltrer l’armée. Ce travail fut facilité par la modernisation de l’armée afghane entreprise avec l’aide de l’URSS dès 1956. Dans ce cadre, des officiers étaient formés en Union soviétique où ils pouvaient être plus facilement approchés.

Entre 1958 et 1979, le nombre d’officiers afghans formés en URSS est estimé à 3 725. Certains d’entre eux ont passé 6 ans en Union soviétique (principalement des officiers servant dans l’armée de l’air et dans les unités de blindés).

Néanmoins, l’armée ne constituait pas au moment de la création du PDPA son terrain de recrutement privilégié. Le KGB recruta directement des officiers en formation en URSS. Ces hommes, peu concernées par les rivalités internes au PDPA, étaient capitaines en 1973 et colonels en 1978.

Khalq/Parcham : des bases différentes

Le futur Khalq de Taraki misait avant tout sur l’aspect économique (chômage des éduqués) pour attirer de nouvelles recrues. En outre, le charisme de Taraki avait permis de rallier au parti un certain nombre d’intellectuels. De plus, le travail d’Amin en tant que responsable de la formation des maîtres permit au futur Khalq d’être bien implanté chez les étudiants et les jeunes professeurs originaires des zones rurales pachtounes et baloutches.

Le futur Parcham, composé essentiellement d’enfants de gauchistes de l’aristocratie, développa une stratégie différente. Il mit en avant la curiosité intellectuelle, l’aventure que constituait l’appartenance à une organisation interdite pour convaincre les membres potentiels. Il recruta dans les écoles huppées de la capitale (Habiba, Neja, Istiqlal), à l’université de Kaboul et dans d’autres centres urbains. Ses membres étaient majoritairement non pachtounes. Au total, quelques milliers de personnes se laissèrent tenter par le discours du PDPA. Néanmoins, il attira aussi des opportunistes qui voyaient le parti comme un moyen de réaliser leurs ambitions personnelles, des perdants qui ne trouvaient pas leur place dans la société afghane. Parmi ces gens en marge de la société, on peut relever les cas de fils issus d’un deuxième ou d’un troisième mariage qui pouvaient se sentir moins bien traiter que leurs demi-frères.








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