Dans la nuit de mardi à mercredi, des taliban pakistanais ont infligé un sévère camouflet au gouvernement pakistanais en prenant le contrôle d’un fort des forces paramilitaires dans la région de Sararogha, dans l’agence tribale semi-autonome du Sud-Waziristan.
Mardi, vers 21h00 heure locale, des centaines de combattants islamistes (de 200 à 1 000 selon les sources) ont attaqué le fort de Sararogha, où sont stationnés des paramilitaires (Scouts du Sud-Waziristan). Lançant leur offensive depuis quatre directions, les assaillants ont pris le fort après six heures de combats acharnés.
Dans leur dernière communication radio, mercredi vers 03h00, les occupants du fort ont lancé un message de détresse, demandant un appui d’artillerie au moment où les assaillants pénétraient dans l’enceinte du fort après en avoir détruit les fortifications à l’aide de roquettes, selon les informations communiquées par un porte-parole militaire, le major-général Athar Abbas. D’après les témoignages des habitants de la région de Sararogha, les taliban ont quitté le fort en apportant des armes et des munitions.
Le bilan des combats varie suivant les sources. Selon l’armée pakistanaise, quarante rebelles et sept gardes-frontières ont été tués. Quinze gardes-frontières ont pu prendre la fuite et vingt sont portés disparus. Contacté par la BBC en langue ourdou, un porte-parole des taliban a estimé que seize soldats ont été tués et douze autres faits prisonniers. Deux taliban ont perdu la vie dans les combats, a affirmé le mawlawi Omar. Des informations font état de la décapitation d’au moins sept soldats par les taliban. Par ailleurs, deux civils ont été tués dans des tirs d’artillerie des forces paramilitaires.
Selon le quotidien Dawn, des militaires parvenus à échapper au siège du fort ont raconté à leurs supérieurs que parmi les assaillants se trouvaient au moins une personne originaire de l’agence de Korram, des Ouzbeks et des membres de la tribu Mehsoud. Selon le mawlawi Omar, le raid a été dirigé par Baïtôllah Meshoud en personne.
Construit par les Britanniques, le fort de Sararogha se situe dans une région considérée comme le bastion de Baïtôllah Meshoud, chef des taliban pakistanais (Tehrik-i-Taliban) accusé d’être lié à al-Qaïda et d’être le commanditaire de l’assassinat de l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto à Rawalpindi le 27 décembre dernier.
Représentant local du pouvoir fédéral, l’administrateur politique de l’agence du Sud-Waziristan, Fazl Rabi, a convoqué une assemblée de la tribu Meshoud afin de trouver une solution à la crise. Dans un premier temps, Fazl Rabi a demandé, sans succès, aux chefs tribaux d’obtenir les corps des soldats tués et la libération de ceux retenus en otage.
Jeudi, un deuxième fort est tombé aux mains des taliban. Craingant une attaque imminente des taliban, le personnel du fort de Sipla Toi (30 à 40 hommes) a préféré abandonner l’édifice fortifié. La retraite semble avoir été effectuée de manière ordonnée. En effet, selon le témoignage de plusieurs habitants de la région, les taliban n’ont pas trouvé d’armes ou de munitions dans ce fort. L’information faisant état de l’abandon du fort a été démentie par le service communication de l’armée pakistanaise. Néanmoins, une opération héliportée a été lancée vendredi par l’armée et les forces paramilitaires pour reprendre possession du fort abandonné par les taliban.
Vendredi également, des combats ont éclaté en plusieurs endroits du Sud-Waziristan. Dans la région de Chagmalai, un convoi a été attaqué par les taliban à la mi-journée sur la route reliant les villes de Wana et Jandola. Entre vingt et trente assaillants ont péri dans les échanges de tirs qui ont suivi, selon un communiqué de l’armée pakistanaise. Quatre membres des forces de sécurité ont, en outre, été blessés.
Par ailleurs, l’armée a affirmé avoir éliminé une soixantaine de rebelles qui s’apprêtaient à lancer un assaut sur un nouveau fort, celui de Laddah. Ces bilans n’ont pas pu être corroborés par des sources indépendantes.
Samedi, les forces aériennes pakistanaises ont bombardé plusieurs bastions rebelles dans les régions de Laddah, Spika Raghzai, Gorogoray and Asman Manza, causant d’importants dégâts matériels. Des tirs d’artillerie ont également été rapportés dans d’autres régions du Sud-Waziristan.
Depuis quelques semaines, le Sud-Waziristan connaît un regain de tensions sur fond de luttes entre tribus loyales au gouvernent et tribus soutenant les combattants islamistes (lire Règlement de comptes au Sud-Waziristan).
Dimanche 13 janvier, des combats ont opposé les miliciens de Malik Khanan à des combattants ouzbeks dans la vallée de Shakai. Deux Ouzbeks ont été tués et un troisième, blessé dans les échanges de tirs, a été capturé. Proche du mawlawi Nazir, Malik Khanan dirige le comité de la paix dans la vallée de Shakai.
Avec Reuters, AP, Dawn et BBC

