Afghanistan – Enlèvements

La police afghane en accusation

Bassirat.net

vendredi 12 octobre 2007

Au lendemain de la libération d’un ingénieur allemand et de ses quatre collègues afghans, les premières informations qui filtrent jettent une lumière crue sur l’état de la police afghane.

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Capture d’écran de l’ingénieur allemand Rudolf Blechschmid
La capture d’écran est datée du 23 août 2007.

« La police nous a remis aux taliban », a déclaré un ex-otage afghan sous le couvert de l’anonymat. Il a expliqué qu’il était parti de Kaboul en voiture le 18 juillet, en compagnie de six compatriotes et deux Allemands, pour réparer un barrage dans la région de Jaghato, dans la province centrale du Wardak. L’un des policiers qui les escortaient dans la province de Wardak, a-t-il déclaré, était constamment au téléphone en indiquant à son interlocuteur : « nous sommes en train d’arriver ».

Au barrage, a raconté l’ex-otage, « avant de commencer à faire quoi que ce soit, nous avons vu les taliban arriver. Je l’ai signalé aux quatre policiers qui nous accompagnaient, mais ils n’ont rien fait, et lorsque j’ai pris un fusil l’un d’eux m’a giflé. “Il y a plus de 50 à 100 taliban ici, m’a-t-il dit, pourquoi fais-tu ça ? ” »

« La police de notre pays nous a remis aux taliban », a déclaré l’ex-otage. « Comment puis-je avoir confiance en ce pays et sa police ? », s’est-il interrogé, en référence aux 62 000 forces de sécurité mal équipées, mal formées et accusées de corruption.

Cette version des faits semble corroborée par l’ex-otage allemand Rudolf Blechschmidt, 62 ans. La radio régionale bavaroise Antenne Bayern a diffusé jeudi un entretien téléphonique entre la victime et sa famille deux jours avant sa libération. « C’était une affaire conclue d’avance », aurait-il dit lundi. Les policiers chargés d’escorter le groupe d’ingénieurs lors de la visite d’un barrage auraient, selon lui, prévenu les ravisseurs. Puis, il les aurait attendus et même salués.

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Province du Wardak
Crédits : Bassirat

Les deux hommes ont également décrit les premières heures de leur capture et les conditions de leur captivité. Leurs témoignages sont riches d’enseignements. L’ex-otage afghan raconte qu’un Afghan de leur groupe a échappé aux taliban en se cachant en bas d’une pente, puis un autre a réussi sans encombre à sauter d’un véhicule. « Un accord a dû être passé car ce dernier était le frère d’un député », a jugé l’ex-otage. Les autres otages afghans auraient dû être exécutés, mais les ravisseurs se sont ravisés lorsqu’ils ont appris que les autorités avaient arrêté le père de l’un des leurs.

Rudolf Blechschmidt a qualifié les conditions de détention de « très mauvaises ». Les ravisseurs et leurs otages ont marché des centaines de kilomètres lesquelles les otages devaient porter les armes et équipements des talibans, parfois à une altitude de 3.000 mètres, selon l’enregistrement d’Antenne Bayern. Son collègue allemand aurait été abattu par un taliban pakistanais car ils n’arrivaient pas à suivre le rythme. « Les taliban disent ne pas l’avoir fait exprès, mais ça en avait tout l’air », a raconté l’ingénieur à sa famille, selon la radio.

Selon l’ancien otage afghan, les ravisseurs recevaient leurs ordres d’un commandant tâleb installé à Quetta, capitale de la province pakistanaise du Baloutchistan. Le groupe serait, selon lui, responsable des attentats-suicides perpétrés récemment à Kaboul.

Une libération rapidement exploitée

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Mollah Omar
Diverses photos du Mollah Omar publiées dans la presse internationale.

Selon le chef du district de Jaghato, Mohammad Naim, la libération des otages a été obtenue contre cinq prisonniers taliban. Cette information a été démentie par le ministère de l’Intérieur. « Il n’y a pas eu échange de prisonniers », a-t-il dit, ce qui correspond à la ligne officielle depuis le tollé provoqué par la libération de cinq détenus taliban en échange du journaliste italien Daniele Mastrogiacomo.

C’est une « grande victoire », s’est exclamé le mollah Omar, chef suprême des taliban dans un message adressé à l’occasion de la fin du ramadan. « Cet échange est une grande victoire » dit dans son message le chef taliban en rappelant que le gouvernement afghan avait dit qu’il « ne négocierait jamais » avec les talibans, selon SITE, centre américain spécialisé dans la surveillance des messages des réseaux islamistes. « C’est le djihâd afghan et la résistance qui ont obligé les envahisseurs et la coalition à négocier avec l’Émirat islamique (les taliban) », dit le message.

Avec AFP








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