Les voisins ont été réveillés par le bruit d’une fusillade, puis par le vacarme du klaxon d’une voiture beuglant sans fin. Le corps criblé de balles d’Habibôllah Jan est venu s’affaler sur le volant de sa Toyota Corolla, bloquant ainsi le klaxon.
Habituellement, Habibôllah Jan bénéficiaient d’une protection rapprochée, pas moins de trois gardes du corps ne le quittaient pas d’une semelle, Exceptionnellement, il leur avait donné leur soirée. Il avait estimé qu’il pouvait parcourir sans risque les centaines de mètres qui séparaient son domicile du complexe sécurisé où il avait ses bureaux et où il recevait ses invités.
L’assassinat du député âgé de 47 ans vendredi 4 juillet a renforcé le sentiment de crainte à Kandahâr, chef-lieu d’une province qui perd un à un ses hommes forts. Gros fumeur, Habibôllah Jan contrôlait Senjaray, périphérie occidentale de Kandahâr, grâce à une milice et à un certain talent pour les compromis.
Habibôllah Jan a participé à toutes les guerres qui ont ensanglanté l’Afghanistan depuis le milieu des années 1970 si bien qu’il est difficile de savoir avec certitude qui a envoyé les deux hommes à moto lui tendre une embuscade fatale sur le chemin de terre poussiéreux qui passe devant son domicile. Toutefois, sa mort va fournir aux rebelles de nouvelles perspectives.
« La région est pleine de taliban désormais », affirme le fils aîné du député assassiné. Il s’est excusé de ne pas pouvoir inviter le journaliste du Globe and Mail aux obsèques de son père en raison du danger qu’il aurait couru à Senjaray, localité située à seulement cinq kilomètres de Kandahâr. « Je pense qu’il y aura d’autres combats », a-t-il ajouté.
Depuis la mort (presque) naturelle en octobre 2007 du chef de la tribu des Alikozaï , le mollah Naqibôllah (il a été victime d’une crise cardiaque peu de temps après avoir été la cible d’un attentat à la bombe), les chefs tribaux de la province de Kandahâr ayant participé aux guerres des années 1980 et 1990 disparaissent les uns après les autres de morts violentes. Le mollah Naqibôllah et Habibôllah Jan avaient en commun d’avoir été proches du Djamiat-e Islami de l’ancien président Rabbani et d’Ahmad Shah Massoud.
Le 17 février 2008, une centaine de personnes qui assistaient à des combats de chiens dans le district d’Arghandâb ont été tués dans un attentat-suicide dont la cible était Abdoul Hakim Jan. Ancien chef de la police provinciale et leader de la tribu Alikozaï, Abdoul Hakim Jan avait été récemment chargé par le gouvernement de Kaboul de protéger le district d’Arghandâb, verrou stratégique qui commande l’accès à Kandahâr par le nord. Pour ce faire, il avait créé une milice composée de membres de la tribu Alikozaï.
Le 6 juin 2008, un autre collaborateur du mollah Naqibôllah, Malim Akbar Khakrezwal, 55 ans, a été abattu par deux hommes armés non identifiés devant son domicile, dans le village de Loya Walal, à la périphérie de Kandahâr. En juin 2008, son frère, qui venait de perdre le poste de chef de la police de Kandahâr, était tué dans un attentat-suicide jamais élucidé.
Ces hommes ont la particularité d’être revenus au pouvoir à la faveur de la chute des taliban fin 2001 et d’avoir constitué un barrage efficace au retour des taliban dans la province de Kandahâr.
Avec The Globe and Mail


