Le déroulement du coup d’État
Le 17 avril 1978, Mir Akhbar Khaybar fut assassiné à Kaboul. A la tombée de la nuit, deux hommes s’approchèrent de sa maion. Ils l’appelèrent depuis la rue. Lorsqu’il apparut sur le perron de sa maison, ils l’abattirent. Ses funérailles à Kaboul deux jours plus tard donnèrent lieu à des manifestations anti-américaines rassemblant 15 000 personnes encouragées par le PDPA qui avait désigné la CIA comme étant le commanditaire de ce meurtre.
Le 26 avril, les services de sécurité de Daoud arrêtèrent sept membres du comité central du PDPA : Taraki, Karmal, Amin, Akbar Chah-Wali, Gholam Destaguir Panjsheri, Abdoul Hakim Charayi Jowzjani et Zamir Safi. Tous furent immédiatement emprisonnés sauf Amin qui resta près de onze heures en résidence surveillée avant d’être à son tour arrêté et jeté en prison.
Le matin du 27 avril, Daoud réunit certains membres de son cabinet pour discuter des mesures à prendre pour faire face à l’agitation qui fit suite à l’assassinat de Mir Akhbar Khaybar. Les arrestations de la veille étaient aussi à l’ordre du jour. Comme le souligne Assam Akram, une série d’événements favorables s’enchaînèrent en faveur des communistes. « Les évènements se déroulèrent un jeudi, veille du jour saint de l’islam ; les soldats étaient pour la plupart en attente d’une permission. Le commandant de la garnison des forces blindées de Pol-é Tcharki, à l’est de la capitale, Mohamed Sarwar Nourestani, avait été opportunément invité par les Soviétiques et se trouvait en voyage, laissant la place à son suppléant, Jagran-Mohamed Rafi, un communiste, aux commandes d’une des casernes les plus importantes de la capitale. Vers dix heures du matin, Rafi, aidé d’un autre officier communiste, Aslam Watanjar, sur instructions reçues d’Amin, dirigea une cinquantaine de chars vers le centre ville. »
Le ministre de la Défense, Gholam Haidar Rasouli réagit trop tard et tarda à prendre la mesure des événements. Bagram était déjà aux mains des communistes. Il ne put rassembler que quelques éléments des 7e et 8e divisons basées à Mahtab Qala, à l’ouest de la capitale. Il reçut aussi le soutien sans faille des forces de police du ministère de l’Intérieur.
A midi, les premiers coups de canons retentirent. Aslam Watanjar dirigea le barrage d’artillerie qui s’abattit sur le palais présidentiel. Les policiers, armés d’armes légères, ne purent rien contre l’artillerie lourde déployée par les communistes. Daoud, qui avait fait le choix de rester à Kaboul avec toute sa famille, était encerclé. A quatre heures du matin le 28 avril 1978, l’assaut fut donné au palais présidentiel par les communistes. Après une résistance héroïque, Daoud, sa famille et ses fidèles perdirent la vie au cours des combats qui firent 3 000 victimes en deux jours de combats.
Le premier cabinet communiste
A 19 heures le 27 avril, un communiqué annonçant la prise du pouvoir par un Conseil révolutionnaire des forces armées fut lu à la radio. Afin de masquer le plus longtemps possible le caractère communiste des nouveaux détenteurs du pouvoir à Kaboul, le message ne fut lu ni par Amin, ni par Taraki. Aslam Watanjar lu la version en pachtou, tandis que le colonel Abdul Qader se chargea de la version en Dari. En outre, sur les recommandation de Karmal, le message commença par une traditionnelle invocation à dieu : Au nom d’Allah clément et miséricordieux. A 22 heures, les putschistes lurent à la radio leur déclaration de politique générale, sans aucune référence au marxisme-léninisme.
Le 30 avril, le premier cabinet fut formé par décret. Il compta 20 membres, dont une femme, Anahita Ratebzad.
Le nouveau régime voulut, dans un premier temps, apportait des gages d’indépendance. Ainsi, Taraki se déclara prêt à maintenir des relations amicales avec les Etats-Unis. Il déclara aussi nécessaire le maintien de bonnes relations avec le Pakistan et l’Iran. Tout était entrepris pour masquer le véritable caractère du nouveau gouvernement.


