Les limites de la politique étrangère afghane

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Lord Lytton, vice-roi des Indes de 1876 à 1880, fut l’instigateur de la chute de l’émir Sher Ali en engageant volontairement les hostilités qui conduirent à la Seconde Guerre anglo-afghane.
La démarche audacieuse entreprise par l’émir Sher Ali obtint à ses débuts un certain succès, mais malheureusement pour la diplomatie afghane, dans les mois qui suivirent, une succession d’événements firent pencher la balance en défaveur de l’émir. En effet, dès 1874, un fait majeur bouleversa complètement la situation. En cette année, Benjamin Disraeli, chef de file des conservateurs, devint Premier ministre en Grande-Bretagne et aussitôt un nouveau vice-roi, Lord Lytton, fut appointé à Delhi avec l’ordre de réinstaller la « Forward policy » et de faire cesser les hésitations afghanes. En 1877, Lord Lytton proposa un traité d’alliance. Mais Sher Ali, refroidi par la désinvolture passée des Anglais, n’était pas pressé de signer cet accord. Il refusa par la même occasion l’installation d’une mission anglaise à Kandahâr, prétextant que dans ce cas les Russes pourraient avoir légitimement la même prétention. Sher Ali savait que son peuple n’aurait jamais accepté la présence de soldats anglais sur son sol, les exactions commises par les Anglais au cours de la Première Guerre anglo-afghane étant encore présentes dans toutes les mémoires.
Le mieux qu’il pouvait offrir aux Anglais était la nomination d’un émissaire afghan à la tête d’une représentation diplomatique anglaise à Herât ou Kandahâr, ce qui n’était pas du tout à la convenance des britanniques. Le problème était que ces derniers voulaient tous les avantages d’une représentation diplomatique en Afghanistan tout en ne fournissant, en retour, aucune compensation valable aux Afghans, ni même de garantie vis-à-vis du danger russe. De plus, il était évident pour tous que si l’émir avait accepté le stationnement de soldats anglais sur le territoire afghan, il aurait lui-même condamné l’Afghanistan à perdre son indépendance.
Ainsi il continua d’interdire l’entrée de son territoire aux diplomates russes et anglais, tout en conservant des relations diplomatiques avec les deux parties, Sher Ali voulant maintenir à tout prix un équilibre entre les deux grandes puissances.
Le triste sort de l’émir Sher Ali Khan
Les Russes, après leurs déboires en Europe, scellés par le congrès de Berlin de 1878, décidèrent d’accentuer leur pression en Asie centrale, seul endroit où ils pouvaient espérer lutter efficacement contre l’hégémonie anglaise. Ainsi au cours de l’été 1878, ils envoyèrent à l’improviste un émissaire, nommé Stoliétov, à Kaboul. Ce dernier arriva le 22 juillet 1878. Aussitôt, le 14 Août, les Anglais exigèrent de Sher Ali la réception d’une mission diplomatique, menée par Louis Cavagnari et Neville Chamberlain. Malheureusement, l’émir Sher Ali, à ce moment était occupé par les funérailles de son fils préféré, le prince héritier Abdullah Jan et c’est ainsi que la requête britannique resta sans réponse. Les perfides anglais envoyèrent alors un détachement à la frontière afghane qui se vit refuser la permission de traverser la passe de Khyber. Les Anglais saisirent au vol cet évènement pour justifier l’invasion de l’Afghanistan. C’est ainsi que le 21 Novembre 1878, les troupes britanniques pénétrèrent en Afghanistan par trois points : la passe de Bolan, la passe de Khyber et la ville de Kurram. (cf. La Seconde Guerre anglo-afghane). L’armée de l’émir, organisée sur le modèle européen, fut balayée.
L’émir Sher Ali se tourna alors vers les Russes et se rendit pour cela, le 1 janvier 1879, au Nord du pays à Mazar-i Sharif. Avant de partir, sous la pression de ses proches, il avait fait sortir le prince Yaqub Khan de son cachot. Peu après son arrivée, l’émir Sher Ali entra très vite en contact avec les diplomates russes, ce qui aboutit à l’envoi de quatre émissaires afghans au-près de Von Kaufmann, le gouverneur du Turkestan russe. Les Russes, contrairement à leurs engagements passés, ne désiraient aucunement fournir une quelconque aide au roi. L’émir, trahi, se retrancha alors à Mazar-i Sharif où il mourut le 21 février 1879. Cet mort lui épargna de voir son propre fils, le prince Yaqub Khan, entre-temps sorti de prison (son père l’y avait envoyé pour freiner ses ambitions concernant le trône), se faire proclamer roi le jour même, sans prendre la peine d’attendre la confirmation du décès de son père.
L’émir Sher Ali, au cours de son règne, fut un souverain éclairé, qui tenta de poser les premières pierres d’un Etat afghan moderne. Sur le plan intérieur, le conflit qui l’opposa à certains de ses fils constitua une brèche dans le paysage politique afghan, ce qui profitera plus tard aux Anglais (cf. le traité de Gandamak). Malheureusement pour l’Afghanistan, la modernisation du pays dut de nouveau se heurter à l’impérialisme européen, qui une fois de plus, cloisonna le pays dans l’isolationnisme.

