Le déroulement de la bataille de Maïwand Les Anglais, qui pensaient avoir obtenu les conditions satisfaisantes afin de quitter le territoire afghan, avaient oublié Ayoub Khan, l’autre fils de l’ancien émir Sher Ali, qui était bien décidé à défendre ses prétentions sur le trône. Ce dernier avait conservé la ville d’Hérât après la chute de son père. A partir de son fief, il était décidé à jouer le tout pour le tout afin de tenter de prendre Kandahâr des mains de Sardar Shir Ali Khan, l’actuel souverain de Kandahar, installé à ce poste par les Anglais.

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Fuite des soldats anglais sur le champ de bataille de Maïwand, essayant de sauver leur artillerie.
L’armée d’Ayoub Khan quitta la ville du Khorasan le 1er Juin et entama les 350 kilomètres qui la séparaient de Kandahar. Tout au long du chemin, des volontaires joignirent ses rangs et les populations locales accueillirent ses soldats en héros, offrant aux résistants nourriture et eau.
En réponse à cette offensive, le 3 Juillet 1880, une colonne de 3000 soldats anglais quitta Kandahâr et se dirigea vers le Nord, avec la mission de mettre fin à la révolte fomentée par le gouverneur d’Hérât. Les forces anglaises étaient organisées en une unité d’infanterie, accompagnée d’une brigade de cavalerie. Elles étaient renforcées par les soldats afghans de la garnison de Kandahâr. L’ensemble était sous le commandement du brigadier George Burrows. Le 20 juillet, les forces afghanes, renforcées par de nombreux paysans-guerriers rencontrés en chemin, traversèrent la rivière d’Helmand. Burrows décida alors d’intercepter les Afghans , non loin de là, au niveau de la plaine de Maïwand. Soudainement, les partisans du pantin Shir Ali Khan se retournèrent contre les Anglais et rejoignirent les rangs de l’armée d’Ayoub. La confrontation eut lieu le 27 juillet. Très vite, les soldats anglais furent dépassés par les évènements. Des hordes de « Ghazi afghans », bravant les tirs d’artillerie, ne cessèrent de les harceler, et ceci au prix de nombreuses pertes. Les Britanniques décidèrent de se replier sur la position de Khig, mais ils eurent de nouveau à subir les attaques de cavaliers afghans, bien décidés à en découdre. La situation sur le champ de bataille devenant intenable pour eux, ils choisirent, dans une ultime tentative, de fuir afin de se réfugier à Kandahâr. Malheureusement pour eux, ils devaient pour cela parcourir plus de soixante kilomètres. Poursuivis par les Afghans, de nombreux soldats succombèrent en route et finalement, le 28 juillet, une poignée de survivants put atteindre la ville de Kandahâr.
L’affrontement de Maïwand fut le théâtre d’un acte de bravoure qui marqua l’histoire afghane : Malalaï, une jeune afghane, utilisa son châle comme un étendard afin d’encourager les moudjahidin. Elle fut alors mortellement blessée par une balle anglaise. Depuis, la jeune héroïne afghane est devenue, en Afghanistan, le symbole de la bravoure et du patriotisme (de nombreux hôpitaux et écoles portent son nom). Cette bataille resta dans l’histoire comme une des plus grandes défaites coloniales britanniques du 19ème Siècle.
Les conséquences de la victoire afghane de Maïwand
Cette défaite bouleversa les arrangements entre Griffin et Abdul Rahman Khan. Car, il était maintenant clair qu’après le sacrifices de milliers de Shahid, les Anglais, s’ils n’évacuaient pas au plus vite la capitale, feraient passer Abdul Rahman Khan pour un collaborateur aux yeux des Kaboulis. Griffin s’empressa alors d’aller négocier avec Abdul Rahman Khan les conditions du départ des troupes d’occupation. Il insista pour que l’émir fasse le nécessaire afin que les forces anglaises au cours de leur retraite ne soient pas anéantie à la manière de leurs prédécesseurs de 1842. L’émir de Kaboul s ‘exécuta et il négocia directement avec les chefs des tribus ghilzaï afin que leurs guerriers n’harcèlent pas les troupes anglaises lors de leur retour en Inde et c’est ainsi que le 10 Août, sous les applaudissements des habitants de la capitale, les derniers soldats anglais quittèrent la capitale. Le général Roberts, ayant réuni toutes les troupes anglaises stationnant à Kaboul, prit alors la direction du Sud. Avant de se replier en Inde, il était bien décidé à atteindre Kandahâr avant que les forces d’Ayoub Khan ne réussissent à prendre la ville.

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Sardar Ayoub Khan, héros national afghan et grand vainqueur de la bataille de Maïwand, ce qui pourtant ne lui permit pas de monter sur le trône de l’Afghanistan
L’armée d’Ayoub, au cours de la bataille de Maïwand, avait eu à faire face à une armée anglaise équipée de pièces d’artillerie modernes, ainsi que de meurtriers fusils à répétition (importés des USA). Elle ne put compenser son infériorité technologique qu’à la faveur du sacrifice de centaines et de centaines d’hommes, qui affrontèrent le feu ennemi avec un dévouement incroyable. De nombreux combattants afghans, qui n’étaient en fait que de simples paysans, emportèrent les corps des victimes (Shahid) dans leurs villages, afin de les mettre en terre, comme le veut la tradition musulmane. Et c’est donc avec une armée amputée d’une large partie de ses soldats, qu’Ayoub Khan se présenta aux abords de Kandahâr et entama le siège de la ville. Les forces de Roberts, sous la protection d’une escorte afghane, réussirent à parvenir à Kandahâr le 1er septembre 1880, avant que la ville ne succombe aux assauts d’Ayoub, et de suite, elles livrèrent combat. Les troupes amoindries du Sardar d’Hérât durent se replier, abandonnant leurs quelques canons aux Anglais.
Le plan d’Abdul Rahman d’utiliser le général Roberts afin de neutraliser son rival Ayoub Khan avait donc fonctionné à merveille.
Le retour en Inde des troupes anglaises défaites
Roberts occupa un temps Kandahâr, mais devant le risque que faisait courir le retour de l’hiver, il décida d’évacuer son armée vers les Indes. Le 21 Avril 1881, les soldat anglais abandonnèrent donc la ville de Kandahar. Sardar Shir Ali, connaissant le sort qui lui était réservé pour avoir collaboré avec l’envahisseur, s’enfuit en Inde en compagnie des troupes anglaises défaites.
La bataille de Kandahar fut le dernier affrontement de la Seconde Guerre anglo-afghane. Les Anglais, vaincus, bien que n’ayant perdu paradoxalement qu’une seule bataille, quittèrent un pays déchiré, en proie à la guerre civile, mais libre. Une nouvelle fois, l’histoire montra qu’occuper l’Afghanistan ne signifie nullement avoir gagné la guerre.
Avant leur départ, les diplomates anglais se virent dans l’obligation de confier la ville de Kandahar à un général de l’émir Abdul Rahman Khan pour éviter qu’elles ne finissent entre les mains d’Ayoub Khan. Les Anglais sabordèrent donc eux-mêmes leurs tentatives de scinder l’Afghanistan en deux principautés distinctes l’une de l’autre. Ainsi prit fin la Seconde Guerre anglo-afghane, à l’image du premier conflit, elle fut un désastre politique et militaire pour l’armée britannique et elle fit basculer l’Afghanistan dans le chaos et la guerre civile.
K. Ziaï

