Comme il fallait s’y attendre, l’absence d’un pouvoir fort à la tête du pays favorisa l’émergence de nombreuses factions, bien décidées à en découdre avec l’envahisseur anglais. L’hiver aidant, les résistants afghans multiplièrent, avec un certain succès, les escarmouches contre les patrouilles anglaises chargées de quadriller les campagnes entourant Kaboul. Dans tout le pays, des forces se mobilisèrent pour chasser les Anglais de l’Afghanistan.

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- La citadelle de Kandahâr, ville qui fut confiée par les Anglais à Sardar Shir Ali.
Le général Roberts commençait à craindre de subir le même sort que son prédécesseur Elphinstone, à peine quarante ans plus tôt. C’est à ce moment qu’on l’informa qu’une colonne de résistants afghans s’approchait de leur campement situé à Sherpour. Cette armée tribale avait à sa tête Mohammad Jan Wardak et Mollah Mushk-i Alam. Un bataillon fut envoyé pour tenter de disperser les forces afghanes, mais il dut rapidement se replier devant l’opposition acharnée à laquelle il dut faire face. Les forces britanniques restèrent cantonnées les jours suivants dans leurs retranchements. Des milliers d’Afghans de toutes les ethnies du pays, bravant les canons anglais et le feu des fusils à répétition, chargèrent les fortifications anglaises. Les occupants britanniques n’eurent la vie sauve qu’à la faveur de l’arrivée, le 23 décembre, de renforts en provenance de la garnison stationnée à la passe de Khyber. Quelques temps plus tard, l’hiver s’installa vraiment et l’extrême froid, qui l’accompagnait, calma pendant une certaine période les protagonistes. Roberts était conscient de l’échec total de sa mission. Non seulement, les troupes anglaises avaient complètement déstructuré le pouvoir central de Kaboul, rendant le pays d’autant plus facile à conquérir par les Russes, mais voilà maintenant que les forces anglaises étaient à la merci de la fureur des résistants afghans, harcelant déjà les colonnes anglaises de ravitaillement et bien décidés à venger les victimes des exactions anglaises. Les tentatives de partition de l’Afghanistan
Les Anglais tenaient Kaboul et Kandahar, la ville de Ghaznî, elle, était sous le contrôle du Parti National, une confédération tribale réunissant de nombreux dignitaires religieux et chefs de tribus, dont les plus importants étaient le Mollah Mushk-i Alam ou encore le chef de la tribu des Wardak, Mohammad Jan Wardak. Ces derniers avaient acquis une grande notoriété après avoir conduit l’assaut contre les Britanniques retranchés dans le fort de Sherpour. Comme il fallait s’y attendre en Afghanistan, le Parti National était bien évidemment en proie à des luttes internes qui ne manquèrent pas d’affaiblir sa position. A l’Ouest du pays, Ayoub Khan, frère de l’émir Yakoub Khan et actuel gouverneur d’Hérât, n’était quant à lui pas disposé à abandonner ses prétentions sur la souveraineté du royaume. Le Hazarajat (vaste étendue montagneuse du centre de l’Afghanistan, peuplée d’Hazaras), ainsi que les territoires du Turkestan afghan au Nord étaient pratiquement indépendants.
De l’avis même du vice-roi des Indes, Lord Lytton, il était clairement impensable que l’Angleterre s’enlise en Afghanistan pour de longues années au cours desquelles les soldats anglais auraient immanquablement à livrer de sanglantes batailles, nécessitant des capitaux colossaux, et dont le succès n’était en outre pas garanti tant les Afghans n’étaient pas décidés à vivre sous la férule d’un quelconque envahisseur. Les Anglais abandonnèrent donc leur projet d’annexion pure et simple du territoire afghan, tant l’idée de devoir pacifier le pays les repoussait. Ils décidèrent de mettre en œuvre la dernière solution qu’ils avaient envisagé avant le début des hostilités : la partition de l’Afghanistan en deux entités distinctes, ayant respectivement pour capitale Kaboul et Kandahâr. Quant à la ville d’Hérât, les Anglais la destinaient à être retirée de l’autorité afghane afin d’être placée sous le contrôle de l’Iran, permettant ainsi un retour en grâce des diplomates anglais aux yeux du Shah de Perse. Lytton voulait empêcher à jamais le retour au pouvoir en Afghanistan d’un émir qui aurait le contrôle de la totalité du pays. Les Anglais pensaient enfin avoir trouvé avec ce plan, une voie de sortie honorable à cet hasardeux conflit, permettant à la fois de sauver la face de leur armée, tout en essayant de stabiliser un tant soit peu l’Afghanistan. Conformément à leur projet, les Anglais placèrent la ville de Kandahâr, ainsi que ses environs sous l’autorité d’un notable local, Sardar Shir Ali Khan (fils du frère de Dost Mohammad, Sardar Mehr Dil Khan). Ce dernier se retrouvait donc à la tête de la principauté de Kandahâr.

