Le couronnement de l’émir Abdul Rahman Khan


JPEG - 93.6 ko

Emir Abdul Rahman Khan, Zia-Ul Millat Wa Ud-Din, amir Ul-Mumenin (règne 1880-1901)

En l’espace de quelques semaines, le prince Abdul Rahman Khan sut s’attirer les faveurs de tous les protagonistes en présence en Afghanistan et c’est ainsi que le 20 Juillet 1880, dans la ville de Charikar, au nord de Kaboul, il fut proclamé émir par une assemblée tribale. Aussitôt, son pouvoir fut reconnu par les Anglais et il put alors rencontrer lors de son entrée dans la capitale afghane, le 22 juillet, le résident Griffin. Comme prévu par les accords négociés quelques semaines plus tôt, la région de Kandahâr fut retirée de son autorité et le nouveau émir de Kaboul s’engagea formellement à ne plus entretenir de relations avec les armées du Tsar. En retour, les Anglais confièrent à l’armée du nouveau roi de Kaboul la majeur partie de l’artillerie stationnée dans les forts autour de Kaboul et par la même occasion les diplomates britanniques abandonnèrent l’idée de céder Hérât aux Iraniens. Ils laissèrent à l’émir Abdul Rahman Khan le libre choix quant au futur de cette ville.

Les Anglais semblaient enfin avoir obtenu les conditions nécessaires à leur départ. Mais à peine se préparaient-ils à se replier en Inde, que la nouvelle leur vint qu’une brigade anglaise venait d’être réduite à néant par des combattants afghans. En effet, les occupants, pensant avoir finalement remporté cette manche du Grand Jeu, avaient oublié Mohammad Ayoub Khan (1857-1914), l’autre fils de l’ancien émir Sher Ali, qui était bien décidé à défendre ses prétentions sur le trône afghan. Ce dernier, après la chute de son père, avait conservé la ville d’Hérât et à partir de son fief, il préparait activement une offensive afin de tenter de prendre Kandahâr des mains de Sardar Shir Ali Khan, l’actuel gouverneur de la ville, installé à ce poste par les Anglais. L’armée d’Ayoub Khan quitta la ville du Khorasan le 1er Juin et entama les 350 kilomètres qui la séparaient de Kandahar. Tout au long du chemin, des volontaires joignirent ses rangs et les populations locales accueillirent ses soldats en héros, offrant aux résistants nourriture et eau.

La confrontation avec les Anglais eut lieu dans la plaine de Maïwand le 27 Juillet 1880 et assez rapidement les soldats britanniques furent débordés. Cette défaite bouleversa les arrangements entre Griffin et Abdul Rahman Khan : il était maintenant devenu clair qu’après le sacrifices de milliers de « Shahid » (martyrs), les Anglais, s’ils n’évacuaient pas au plus vite la capitale, feraient passer Abdul Rahman Khan pour un collaborateur aux yeux des Kaboulis. Griffin s’empressa alors d’aller négocier avec Abdul Rahman Khan les conditions du départ des troupes d’occupation. Il insista pour que l’émir fasse le nécessaire afin que les forces anglaises au cours de leur retraite ne soient pas anéantie à la manière de leurs prédécesseurs de 1842. L’émir de Kaboul s ‘exécuta et il négocia directement avec les chefs des tribus ghilzaï afin que leurs guerriers n’harcèlent pas les troupes anglaises lors de leur retour en Inde et c’est ainsi que le 10 Août, sous les applaudissements des habitants de la capitale, les derniers soldats anglais quittèrent la capitale. Le général Roberts, ayant réuni toutes les troupes anglaises stationnant à Kaboul, prit alors la direction du Sud. Avant de se replier en Inde, il était bien décidé à atteindre Kandahâr avant que les forces d’Ayoub Khan ne réussissent à prendre la ville.

L’armée d’Ayoub, au cours de la bataille de Maïwand, avait eu à faire face à une armée anglaise équipée de pièces d’artillerie modernes, ainsi que de meurtriers fusils à répétition (importés des USA). Elle ne put compenser son infériorité technologique qu’à la faveur du sacrifice de centaines et de centaines d’hommes, qui affrontèrent le feu ennemi avec un dévouement incroyable. Après la fin des hostilités, de nombreux combattants afghans, qui étaient en fait que de simples paysans, emportèrent les corps des victimes (Shahid) dans leurs villages d’origine afin de les mettre en terre, comme le veut la tradition musulmane. Et c’est donc avec une armée amputée d’une large partie de ses soldats, qu’Ayoub Khan se présenta aux abords de Kandahâr et entama le siège de la ville. Les forces de Roberts, sous la protection d’une escorte afghane, réussirent à parvenir à Kandahâr le 1er septembre 1880, avant que la ville ne succombe aux assauts d’Ayoub, et de suite, elles livrèrent combat. Les troupes amoindries du Sardar d’Hérât durent se replier, abandonnant leurs quelques canons aux Anglais.

Le plan d’Abdul Rahman d’utiliser le général Roberts afin de neutraliser son rival Ayoub Khan avait donc fonctionné à merveille.

Le retour en Inde des troupes anglaises défaites

Roberts occupa un temps Kandahâr, mais devant le risque que faisait courir le retour de l’hiver, il décida d’évacuer son armée vers les Indes. Le 21 Avril 1881, les soldat anglais abandonnèrent donc la ville de Kandahâr. Sardar Shir Ali, connaissant le sort qui lui était réservé pour avoir collaboré avec l’envahisseur, s’enfuit en Inde en compagnie des troupes anglaises défaites.

La bataille de Kandahâr fut le dernier affrontement de la Seconde Guerre anglo-afghane. Les Anglais, vaincus, bien que n’ayant perdu paradoxalement qu’une seule bataille, quittèrent un pays déchiré, en proie à la guerre civile, mais libre. Une nouvelle fois, l’histoire montra qu’occuper l’Afghanistan ne signifie nullement avoir gagné la guerre.

Avant leur départ, les diplomates anglais se virent dans l’obligation de confier la ville de Kandahâr à un général de l’émir Abdul Rahman Khan afin d’éviter qu’elles ne finissent entre les mains d’Ayoub Khan. Les Anglais sabordèrent donc eux-mêmes leurs tentatives de scinder l’Afghanistan en deux principautés distinctes l’une de l’autre. Ainsi prit fin la Seconde Guerre anglo-afghane, à l’image du premier conflit, elle fut un désastre politique et militaire pour l’armée britannique et elle fit basculer l’Afghanistan dans le chaos et la guerre civile.








Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | © copyright bassirat.net - 2007