Zaman Shah, Padshah Durr-i-Durran (règne 1793-1801)

Zaman Shah, Padshah Durr-i-Durran (règne 1793-1801), petit fils du grand Ahmad Shah Durrani. La fin de son règne marqua l’entrée de l’Afghanistan dans la guerre civile et le chaos
A la mort de Timour Shah, l’Afghanistan plongea dans une guerre civile au cours de laquelle les fils du défunt roi s’entredéchirèrent pour le pouvoir. Les prétendants les plus puissants étaient les princes gouverneurs de Kaboul, Kandahâr et Hérât.
Pour tenter de débloquer la situation, Zaman Shah (1770-1844, 18ème fils de Timour Shah), le gouverneur de Kaboul, fit tenir une Girgah (assemblée traditionnelle) dans la capitale. La grande majorité de ses frères s’y rendit, à l’exception de Shah Mahmoud, gouverneur de Hérât, et de Homayoun Mirza, gouverneur de Kandahar.
Aux termes des discussions, grande fut la déception de Zaman Shah, car ce fut son frère Abbas Mirza, le gouverneur de Peshawar, qui reçut l’appui du plus grand nombres de notables de la capitale.
Kaboul étant le fief de Zaman Shah, ce dernier réussit, sans peine, à faire emprisonner ses détracteurs et il put ainsi se faire proclamer Shah, le 23 Mai 1793, à l’âge de vingt-trois ans. Son accession au trône fut largement facilité par le soutien que lui apporta Sardar Payenda Khan (chef du clan des Barakzaï, ancien conseiller de Timour Shah, aussi connu sous le titre de Sarfaraz Khan). Ses frères Shah Mahmoud et Homayoun ne reconnurent pas son autorité et ils entrèrent donc en dissidence. De leurs fiefs respectifs de Kandahâr et Hérât, ils contestèrent alors ouvertement la souveraineté du nouveau roi.
Le premier soucis du nouveau roi fut donc tout naturellement de tenter de mater la rebellion de ses frères. Sa première cible, la plus proche de Kaboul, fut l’ancienne capitale royale. Au lieu de défendre sa ville jusqu’à l’arrivée des renforts envoyés par Mahmoud, Homayoun préféra braver les troupes royales, qui défirent rapidement son armée. Le gouverneur de Kandahâr, vaincu, dut se réfugier au Baloutchistan. Il importe de retenir que, dans cette campagne, Zaman Shah, fut secondé par son fidèle frère Shoja Ul-Molk. Kandahâr une fois soumise, Zaman Shah s’apprêtait à assiéger Hérât, quand des troubles éclatèrent au Pendjab. Aussi s’accommoda-il tant bien que mal avec son demi-frère Mahmoud et marcha alors sur la province rebelle.
Les expéditions indiennes
L’avènement de Zaman Shah marqua un retour aux visées impérialistes de l’Afghanistan sur l’Inde. Mais, tandis qu’Ahmad Shah avait occupé Delhi à plusieurs reprises, son petit-fils ne parviendra jamais à dépasser Lahore. Et pourtant, ce ne furent ni les Moghols ni les Marathes, affaiblis par les invasions étrangères et par les querelles internes, qui lui en barrèrent la route, mais la nécessité de protéger ses arrières, menacés tantôt par ses deux frères aînés Homayoun et Mahmoud, tantôt par son voisin occidental, la Perse, redevenue puissante sous l’égide de la dynastie des Kadjars.
En 1793, peu après son couronnement, Zaman Shah envahit le Pendjab. Cependant, à peine arrivé aux environs de Peshawar, il dut rebrousser chemin, son frère Homayoun ayant profité de son absence pour reprendre Kandahâr. La vengeance royale fut terrible. Homayoun, trahi par ses anciens administrés, s’enfuyait vers le Sind quand il fut rattrapé par des cavaliers lancés à ses trousses, puis amené devant le souverain, qui ordonna aussitôt qu’on lui crève les yeux « pour lui ôter l’envie de recommencer » (un aveugle, selon la loi coranique, n’a pas le droit de régner). Un supplice que Shah Zaman devra lui-même connaître dans un proche avenir. Peut être maintenant que le pouvoir du souverain semblait stable, la situation de l’Afghanistan allait s’améliorer. Mais, il en allât tout autrement.
Les difficultés du règne de Zaman Shah
Le règne de Zaman Shah fut marqué par une succession de décisions politiques hasardeuses, qui lui seront fatales à long terme. Sur le plan intérieur, son pouvoir était affaibli par la rivalité qui l’opposait à ses frères et notamment le plus virulent, Shah Mahmoud. De plus, il était menacé au Nord par l’émir de Bokhara, à l’Ouest par la dynastie persane des rois Kadjars qui empiétait sur le Khorasan. Au Sud, il fut mis en échec par les émirs du Sind et les Khan de Khalat. Malgré les fissures de son empire, au lieu de se concentrer sur les problèmes intérieurs, il ne put s’empêcher de gaspiller ses forces et son argent en vaines tentatives pour égaler les conquêtes de son grand père Ahmad Shah Durrani et ainsi se poser en champion de l’Islam contre les kafirs Sikhs.
La confrontation avec les Sikhs et la menace persane

Guerriers sikhs en habits traditionnels. Sous l’habile commandement de Ranjit Singh, les Sikhs réussirent à créer un Etat indépendant recouvrant le Pendjab et le Sind.
Quelques temps plus tard, il fit une nouvelle percée de 170 km au-delà de Peshawar et enleva la forteresse de Rohtas, propriété d’un dénommé Ranjit Singh, qui sera amené plus tard à jouer un rôle important dans l’histoire afghane. La population du Pendjab (le pays des cinq rivières, au Nord de l’Inde) comprenait à l’époque des Hindous, des Musulmans et des Sikhs. Ces derniers, au cours des siècles, condamnés à se défendre contre l’ennemi commun, qu’il soit moghol ou afghan, formèrent des bandes armées, appelées « Misl » (ce qui signifie "pareil" en persan), chacune placée sous le commandement d’un « Misldar ».
De ces bandes, au nombre de douze, il convient d’en retenir une seule : celle de Ranjit Singh, dont le père était le chef du Misl des Sukerchakias. Ranjit Singh succéda à son père à l’âge de douze ans. Ce jeune homme allait bientôt être appelé à devenir le porte-drapeaux du nationalisme pendjabi. Après l’anéantissement des Marathes par Ahmad Shah Durrani et le déclin de la dynastie des Moghols, il ne restait en Inde du Nord que les Sikhs pour s’opposer à l’avancée afghane. Leur résistance fut acharnée, mais Zaman Shah parvint après de nombreuses batailles à les faire battre en retraite. Il était disposé à poursuivre son avance quand il fut informé que le Shah de Perse, Agha Muhammad Khan Kadjar, venait d’envahir le Khorasan, alors principauté indépendante aux mains de Shah Rukh (le petit fils de Nadir Shah Afshar), mais sous suzeraineté afghane. Frustré à nouveau de sa victoire, Zaman Shah retourna sur ses pas pour laver l’insulte. Mais le Shah de Perse s’était retiré entre temps, le laissant libre de retourner au Pendjab. En Janvier 1797, le souverain afghan occupa Lahore après avoir dévasté une nouvelle fois les terres des clans Sikhs et notamment celles sous la domination de Ranjit Singh. Il semblait qu’aucun obstacle ne pourrait alors empêcher le petit-fils d’Ahmad shah de suivre les traces de son grand-père. Mais alors qu’il s’apprêtait à marcher sur Delhi, on lui annonça que Shah Mahmoud s’était à nouveau rebellé et menaçait la capitale avec une armée considérable. Zaman Shah renonça alors à la conquête de l’Inde du Nord et regagna son royaume, où après avoir soudoyé l’un des principaux lieutenants de son demi-frère, il ébranla la confiance de ce dernier dans ses hommes et le contraint ainsi à chercher asile à la cour du Shah de Perse. Zaman Shah nomma alors un de ses fils gouverneur de Hérât.
Pendant ce temps, Ranjit Singh profita de l’absence de Zaman Shah pour infliger une sanglante défaite aux troupes afghanes restées au Pendjab afin de protéger la retraite de leur chef.
Le 27 Novembre 1798, Zaman Shah retourna à Lahore pour venger l’humiliation faite à ses hommes. A son approche, les Sikhs se replièrent sur Amritsar, où, après de longs débats, ils confièrent de nouveau leur destin à Ranjit Singh. Percevant la futilité de son combat contre les Sikhs, Zaman Shah décida de les ménager en leur garantissant la pleine jouissance de leurs domaines. Il décida d’entrer en négociations avec les Sardars sikhs, mais à peine avaient-elles commencées, que des nouvelles alarmantes parvinrent de Kaboul : Fateh Ali Shah Kadjar, le neveu et successeur d’Agha Muhammad Khan, menaçait à son tour le Khorasan, épaulé par Shah Mahmoud. En effet ce dernier, après s’être réfugié en Iran, avait obtenu du Shah de Perse une promesse d’assistance afin de l’aider à prendre le pouvoir des mains de son frère Zaman Shah. Mais en réalité, les Iraniens ne faisaient qu’utiliser Shah Mahmoud afin de prendre Herât aux Afghans et par la même occasion affaiblir leur puissant voisin afghan, qui constituait un frein à leur expansion vers l’Ouest.
Pour faire face à ce nouveau danger venu de Perse, Zaman Shah abandonna le Pendjab et se dirigea vers le Khorasan et réussit de nouveau à contenir ses ennemis. Mais en son absence, Lahore fut occupée par les Sikhs et Ranjit Singh se rendit maître de cette ville. Le 12 Avril 1801, ayant brisé toute opposition à sa suprématie, le jeune chef sikh fut proclamé Maharaja du Pendjab. Les Sikhs, réunifiés derrière leur nouveau chef, représentaient désormais une puissance incontournable dans la région. La Perse, sous l’égide de la dynastie des Kadjars, avait réussi à faire de même quelques années plus tôt, et elle constituait maintenant une force considérable. Et c’est ainsi, que dès son accession au trône, en 1797, Fateh Ali Shah Kadjar s’était montré déterminé à restaurer la Perse dans les limites qu’elle occupait sous le règne des Séfévides. Ce qui signifiait la reconquête du Khorasan, voire même de Kandahâr.
L’entrée en jeu des Anglais
Il se trouve que les ambitions nationalistes persanes et sikhs arrangeaient à merveille les Anglais, qui voyaient d’un mauvais œil les visées de Zaman Shah sur le sous-continent indien. Il y allait de leurs intérêts vitaux, aussi bien politiques que financiers. En effet, après avoir été longtemps cantonnés dans des activités commerciales, la Compagnie des Indes Orientales s’était muée en une puissance militaire majeure dans la région. La menace afghane était d’autant plus redoutée qu‘elle risquait de se conjuguer d’un côté avec celle de divers Sultan hindous, comme Tipoo Sahib (le turbulent Sultan du Mysore) bien décidés à ne pas vivre sous le joug anglais, et avec le rêve oriental de Napoléon Bonaparte, de l’autre. En effet, Napoléon avait affirmé devant le Directoire « qu’aussitôt maître de l’Egypte, il établirait des relations avec les princes indiens et de concerts avec eux, il attaquerait les Anglais dans leurs possessions ». D’autre part, le Sultan de Mysore avait promis son soutien au roi d’Afghanistan si celui-ci envahissait l’Inde du Nord. Le souverain Tipoo Sahib avait déjà été en pourparlers avec Timour Shah, le père de Zaman Shah, dès 1790. Plus tard, en 1796,sous le nouveau roi, deux ambassadeurs indiens furent envoyés à Kaboul, pour plaider la cause des Moghols dans leur lutte contre les Sikhs et surtout pour proposer la formation d’une alliance destinée à contrer les Anglais. Zaman Shah avait répondu favorablement à cette requête. Mais, malheureusement pour Bonaparte et les Afghans, les Anglais s’empressèrent d’assiéger le sultanat de Mysore et Tipoo Sahib fut tué au cours du siège de sa capitale. Restait la menace afghane. Bonaparte était en Egypte, rien ne l’empêchait, pensaient les Anglais, de prêter main forte à Zaman Shah en s’assurant au préalable l’alliance de la Perse. Pour contrer ce danger, les Anglais proposèrent à la Perse un traité d’amitié dont l’objectif principal était la création d’une source continue d’anxiété et d’appréhension pour Zaman Shah aux frontières de son royaume, de façon à le dissuader de tout futur projet d’invasion des Indes. L’initiative anglaise réussit. Fateh Ali Shah fut convaincu de s’opposer aux Afghans, afin de les détourner à jamais de leurs ambitions indiennes.
La chute de Zaman Shah
Dans un pays féodal comme l’Afghanistan, la paix sociale ne pouvait être assurée qu’avec l’aval des chefs de tribus. Ahmad Shah et Timour Shah, qui en étaient conscients, ne prenaient aucune décision importante sans les consulter. Il n’en alla pas de même de Zaman Shah, qui non seulement dédaigna leurs conseils, mais encore, les irrita sans cesse par sa condescendance et son autoritarisme. Parallèlement à cela, les incursions indiennes des Afghans, les mirent au contact d’une nouvelle grande puissance qui avait réussi à prendre rapidement le contrôle du Nord de l’Inde : les Anglais. Ces derniers se lièrent avec les Perses pour contrecarrer les ambitions expansionnistes de Zaman Shah, dont la chute fut facilitée par un certain nombre de décisions hasardeuses. D’abord, il commit l’erreur de laisser le jeune chef sikh Ranjit Singh s‘emparer du Pendjab. Les Sikhs allaient dorénavant devenir les plus féroces adversaires des Afghans.
Sur le plan intérieur, alors que son pouvoir ne tenait que grâce au soutien des Mohammadzaï (branche des Barakzaï), Zaman Shah commença à les écarter des postes les plus influents du royaume afin de les remplacer par des conseillers, appartenant cette fois-ci, à son propre clan, c’est-à-dire celui des Sadozaï. Cette décision fut prise sous la pression d’un certain nombre de membres de sa famille qui commençaient à jalouser le rôle de plus en plus important des Barakzaï dans la vie politique afghane. Cela eut comme conséquence de casser l’équilibre qui s’était installé entre les différentes composantes de la tribu des Durranis (note : la tribu des Durrani est composée d’une multitude de clans dont voici les principaux : les Sadozaï, les Barakzaï, les Nourzaï, les Alizaï,…).
Shah Mahmoud, l’autre prétendant au trône, avait très bien compris cette erreur de stratégie. Ce dernier, après l’échec de la rébellion qu’il avait organisé à Hérât avec l’aide du Shah de Perse (qui désirait ébranler le pouvoir de Zaman Shah), mena une existence errante au cours de laquelle il intrigua avec les mécontents tantôt de Hérât ou de Kandahâr. C’est précisément dans l’ancienne capitale qu’il trouvât écho à ses prétentions.
En effet, les tribus, exaspérées par l’autoritarisme du roi, étaient maintenant décidées à le renverser. Un des principaux chefs, Payenda Khan, du clan des Barakzaï, qui avait naguère permis à Zaman Shah d’accéder au trône, avait mal accepté la décision du roi d’écarter sa famille du pouvoir et il désirait ardemment se venger. Il réussit à rallier à sa cause de nombreux notables des clans Nourzaï et Alizaï. Pour tromper la vigilance du service d’espionnage royal, les conjurés se réunissaient chez un derviche réputé pour sa sainteté et dont la demeure passait pour être un lieu de culte. Leurs principaux objectifs consistaient à remplacer le roi par son frère, plus faible politiquement et donc plus facilement manipulable, et à donner aux chefs de tribus le pouvoir de déposer à l’avenir tout souverain qui se montrerait indigne de leur confiance. Ce petit groupe conjugua donc ses efforts avec Shah Mahmoud et ils commencèrent ensemble à comploter contre le Shah. Leur plan prévoyait d’assassiner, dans un premier temps, le principal conseiller de Shah Zaman, Wazir Ramatullah Khan, puis dans un second temps de s’en prendre au roi lui-même. A la dernière minute, cependant, un des conspirateurs, pris de panique par une rumeur faisant état de la découverte du complot, se rendit auprès du Premier ministre et vendit la mèche. Le lendemain, ses complices, ne se doutant de rien, furent convoqués au palais, arrêtés et exécutés. Notable parmi les victimes, Payenda Khan, le chef des Barakzaï, mais aussi les chefs de deux autres clans des Durrani, les Alizaï et les Nourzaï. Zaman Shah pensait par ce bain de sang écarter tout risque de remise en cause de son pouvoir par les forces tribales. Mais par ce geste, il sema les graines d’une discorde qui le conduira finalement à sa perte ainsi qu’à celle de la lignée des Sadozaï.
En effet, Shah Mahmoud, décidément insaisissable, avait réussit à s’enfuire à nouveau en Perse et pour se venger, les puissants fils du défunt Sardar Payenda Khan, au nombre de vingt-cinq, offrirent tous, sans exception, leur soutien au frère dissident du roi. Notamment l’aîné, Fateh Khan (1778-1818), un jeune homme brave et intelligent, rejoint le conspirateur dans son exil, et, lui ayant promis le soutien inconditionnel de sa tribu, le convainquit de reprendre la tête de l’opposition contre le roi. Zaman Shah, absorbé par de nouveaux soulèvements au Pendjab et au Cachemire, ne prêta aucune attention à ces événements, d’autant qu’il ne prenait plus au sérieux les agissements de son frère.
Une fois le calme rétabli dans les provinces du Sud, Zaman Shah laissa le gros de son armée à Peshawar, sous le commandement de son frère Shoja Ul-Molk, et quitta le Pendjab pour rejoindre Kaboul. Pendant ce temps, Shah Mahmoud, fort du soutien de nombreuses tribus et avec l’aide du Shah de Perse, revint en Afghanistan. Mais cette fois-ci, au-lieu de prendre la direction d’Hérât, il traversa le Séistan et se rendit directement à Farah. Toute son attention se porta sur l’ancienne capitale afghane. Dans un premier temps, Mir Ali Khan, un des généraux de Zaman Shah, parvint à maintenir les assaillants à distance de Kandahâr. Mais très vite, de nombreuses insurrections virent le jour dans la ville et profitant du désordre, Shah Mahmoud réussit finalement à s’en emparer, en juillet 1801, et menaçait dorénavant la capitale.
Zaman Shah, pour tenter de le contrer, prit alors la direction de Kandahâr, épaulé par une armée de plus de 30 000 hommes. Mais en cours de route, au cours d’une halte à Ghaznî, on lui annonça la défection de son principal général, Ahmad Khan Nourzaï.
Privé de l’élite de ses troupes et craignant pour sa vie, Zaman Shah réunit le dernier carré de ses fidèles et partit pour Peshawar, laissant la capitale à Shah Mahmoud, qui s’y fit proclamer roi peu après. En chemin, il réussit à s’attirer le soutien d’un puissant chef de tribu, dont la suite ne comprenait pas moins de quinze mille hommes. Fort de cet appui miraculeux, il retourna affronter l’armée de Shah Mahmoud, commandée par Fateh Khan. Cet homme astucieux, renchérissant sur les engagements du roi, réussit toutefois à amadouer les partisans de ce dernier, qui, aussitôt les hostilités commencées, changèrent leur fusil d’épaule. Zaman Shah saisit alors toute l’étendue de son malheur. Accompagné de sa petite suite, il reprit le chemin de Peshawar afin de rejoindre au plus vite son frère Shoja Ul-Molk.
Au cours de la traversée des terres de la tribu des Shinwari, Zaman Shah fut invité par Mollah Ashak, un notable local, à prendre repos dans sa forteresse. Zaman Shah accepta l’invitation. Mais, mal lui en pris, car à peine avait-il pénétré dans l’enceinte de la citadelle, qu’il se vit entouré par une centaine de guerriers qui se tenaient là en embuscade. Le Wazir Ramatullah Khan, fidèle parmi les fidèles, tenta bien de négocier, mais en vain. Le lendemain à l’aube, le prisonnier fut conduit sous bonne escorte vers la capitale. Auparavant, il réussit, grâce à la complicité de son geôlier, à dissimuler le Koh-i Noor dans une cavité du mur de sa cellule et à enfouire les autres bijoux dans un trou qu’il creusa dans le plancher.
Le convoi fut accueilli aux portes de la ville par les sbires du nouveau souverain, parmi lesquels un chirurgien, qui, sans tarder, incisa les yeux de Zaman Shah. Car pour ses ennemis, il n’y avait aucune différence entre un roi mort et un roi aveugle. Il fut ensuite emprisonné au fort de Bala Hissar. Le Wazir Ramatullah fut quant à lui pendu.
Zaman Shah, le souverain qui voulait que le nom de l’Afghanistan résonne à nouveau dans toutes l’Asie comme au temps de son grand père Ahmad Shah, tomba sous les coups de ses propres frères, largement aidés par la Perse, qui jouait là le jeu des Anglais. Ce courageux guerrier, mais piètre politicien, ne sut pas concilier pouvoir central et prérogatives tribales.

