Le second règne de Shah Mahmoud - La montée au pouvoir des Barakzaï


Shah Mahmoud, Padshah Durr-i-Durran (2nd règne 1809-1818)

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Shah Mahmoud, Padshah Durr-i-Durran (2nd règne 1809-1818), qui préféra déléguer le pouvoir à son Premier ministre Fateh Khan, causant ainsi la perte de l’influence des Sadozaï sur l’Afghanistan au bénéfice du clan des Barakzaï

Ainsi Shah Mahmoud devint-il pour la seconde fois roi d’Afghanistan, grâce au soutien de Fateh Khan. Quant à Shoja regrettant sans doute amèrement d’avoir épargné la vue de son frère, il continua de se battre pour tenter de reprendre son trône, parvenant même à reconquérir pendant quelques temps la ville de Kandahâr. Il en fut toutefois chassé par des chefs de tribu qui s’aperçurent avec déception que, même dans l’adversité, leur ancien monarque n’avait rien perdu de son autoritarisme.

Mais Shoja Ul-Molk n’en démordit pas. Le 20 Mars 1810, il s’empara de Peshawar, où il demeura plus de six mois avant d’être éconduit par un des frères de Fateh Khan. Dans sa fuite, il tomba entre les mains d’Ata Mohammad Khan, le gouverneur du Cachemire, qui l’humilia et l’emprisonna, autant pour venger son père que pour lui soutirer ses joyaux. Peine perdue, Shoja Ul-Molk les avait confié à son épouse, Wafa Begum (qui porte bien son nom sachant qu’il signifie confiance), avant d’entreprendre son ultime tentative pour regagner le trône. Wafa Begum vivait en exil à Rawalpindi, aux frais du Maharaja du Pendjab, Ranjit Singh, en compagnie des trois autres épouses de son mari, ainsi que de l’ex-roi aveugle Zaman Shah.

Le Maharaja apprit, un jour, que l’ex-roi Zaman Shah avait envoyé des émissaires auprès des Anglais pour négocier le rétablissement au pouvoir de son frère Shoja. N’appréciant guère ces transactions secrètes engagées à son insu, il jugea préférable au printemps 1812 de transférer ses hôtes à Lahore, afin de mieux les surveiller.

Depuis la chute de Shah Shoja, des évènements considérables s’étaient produits en Afghanistan, le plus important étant les réformes administratives accomplies sous la conduite vigoureuse de Fateh Khan. Ce dernier, grand guerrier et habile politique (bien que sans scrupule), était devenu, à la faveur de la chute de Shah Shoja, Premier ministre (Wazir). Pour la première fois depuis des années un semblant d’ordre s’installa en Afghanistan. L’administrateur du royaume en profita pour nommer ses propres frères à des postes importants à travers tout le pays. Ainsi, les Barakzaï réussirent à s’accaparer les rôles les plus hauts placés du royaume. Un frère de Fateh Khan, Sardar Pur Dil Khan (1785-1830), devint gouverneur de Kandahâr, un autre, Sardar Sher Dil Khan (1786-1826) devint celui de Ghazni et ceci se reproduisit de façon identique pour les villes de Bamiyan, Peshawar ou encore pour le Baloutchistan (c’est à cet époque que les Barakzaï obtinrent leurs titres de « Sardar » et de « Nawab »), seul Hérât échappa à leur mainmise. Pendant ce temps, Shah Mahmoud, plus préoccupé par les festivités de la cour royale, que par le bien-être de l’Afghanistan, préféra déléguer le pouvoir à son Premier ministre. Ce dernier réussit rapidement à acquérir plus de pouvoir que le roi lui-même. Bien que ce dernier détenait le titre de roi, le contrôle du pays résidait désormais entre les mains de son Premier ministre Fateh Khan.

Sur le plan extérieur, Wazir Fateh Khan se déplaçait de champ de batailles en champ de batailles. Il réussit à refouler les Sikhs plus au Sud. Ces derniers tenaient fermement Lahore depuis que Zaman Shah avait maladroitement permis à Ranjit Singh de se faire nommer gouverneur de cette ville. Les Hindous désiraient maintenant fortement inclure le Cachemire et Peshawar à leur domaine de souveraineté. En 1812, Wazir Fateh Khan leva une armée afin de reprendre le contrôle du Cachemire, toujours sous le contrôle d’Ata Mohammad Khan. Cette expédition fut couronnée de succès et Fateh Khan put encore placer une de ses pièces dans l’échiquier afghan en la personne de son frère Mohammad Azim (1785-1823, Sardar-i Kalan) qu’il nomma gouverneur du Cachemire.

A l’Ouest, la ville d’Hérât avait profité de la guerre de succession pour acquérir son indépendance. Elle fut réincorporée à l’Afghanistan en 1816. Mais en 1818, les Perses, sous l’égide de Fateh Ali Shah, revendiquant leur souveraineté sur tout le Khorasan, assiégèrent Hérât. Fateh Khan épaulé par son jeune frère Dost Mohammad, réussit à les repousser. Le gouverneur d’Hérât était Shahzada Firuz ud-Din Mirza, frère de Shah Mahmoud. Les frères de Fateh Khan, Dost Mohammad (1792-1863) et Kohan Dil Khan (1792-1855), qui l’avaient accompagné dans cette expédition, étaient bien décidés à prendre possession de cette ville. Aussi, Kohan Dil et Dost Mohammad pénétrèrent dans l’enceinte même de la cité et emprisonnèrent Firuz ud-Din.

C’est à ce moment que le jeune Dost Mohammad commit un acte qui allait précipiter la mort de son frère : il se rendit au palais du gouverneur, où était conservées les nombreuses richesses de ce dernier. Après avoir fait main basse sur son or et ses bijoux, il pénétra dans la partie de la résidence réservée aux femmes. Là, il arracha de ses mains les bijoux que portait une dénommée Roqiya Begum, qui n’était autre que la fille unique de Shah Mahmoud, mariée au fils de Firuz ud-Din, Malik Qassim. Quand Fateh Khan eut nouvelle des actes de ses deux frères, il les convoqua séance tenante. Dost Mohammad, redoutant la réaction de son frère aîné, s’enfuit alors en toute hâte au Cachemire. Fateh Khan demanda alors à son frère Azim Khan, gouverneur du Cachemire, d’appréhender Dost Mohammad, ce qu’il fit, lui confisquant au passage les joyaux. Mais cet événement ne restera pas sans conséquence.

La mort de Wazir Fateh Khan

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Wazir Fateh Khan, Sardar-i-Sardaran, Shahdost Khan.

Ayant réussit à rétablir un semblant d’ordre et à maintenir les ennemis de l’Afghanistan à distance, Fateh Khan devint très apprécié des Afghans. Les Sadozaï, jaloux de ses prérogatives, commencèrent alors à craindre l’influence grandissante du clan des Barakzaï. Notamment, Kamran Khan jalousait Wazir Fateh Khan dont le pouvoir était devenu trop grand à ses yeux. Le Premier ministre, dont les hautes qualités et l’influence portaient ombrage à Shah Mahmoud et surtout à son fils, ne put mener malheureusement à terme les réformes destinées à renforcer l’unité du pays. En effet, cela faisait longtemps que le prince Kamran complotait contre les Barakzaï et c’est tout naturellement qu’il ne manqua pas de saisir l’offense qui avait été faite à sa sœur pour tenter de convaincre les autres dignitaires sadozaï de venir à bout de la puissance des Barakzaï. Malheureusement pour le prince, le jeune Dost Mohammad s’était enfui au Cachemire. Fou de colère, il reporta alors sa vengeance sur Fateh Khan, le frère aîné de Dost Mohammad.

Fateh Khan fut convoqué à Kandahâr. Ne se doutant de rien, il se rendit dans l’ancienne capitale royale, où il fut arrêté. Avec le consentement de Shah Mahmoud, le wazir Fateh Khan fut aveuglé. En agissant de la sorte, Kamran pensait avoir éliminé la menace que constituait cette famille rivale pour le pouvoir des Sadozaï. Mais il se rendit très vite compte de son erreur car malgré son manque de scrupule, Fateh Khan était très admiré en Afghanistan pour ses victoires militaires. De toute part, les frères de Fateh Khan se soulevèrent contre le pouvoir du roi. Un des plus puissants, Sardar Azim Khan, le gouverneur du Cachemire, leva une importante armée et plaça à sa tête le jeune Dost Mohammad, entre-temps libéré. Ce dernier se lança alors à la conquête de Kaboul, ce qu’il réalisa avec l’aide des Qizilbashs (la mère de Dost Mohammad était la fille d’un important notable Kisibalsh).

Shah Mahmoud et Kamran Khan partirent alors de Kandahâr pour contrer l’attaque des frères Barakzaï. Ils emmenèrent avec eux Fateh Khan. Comprenant que leur chance de remporter la victoire était faible, ils demandèrent à Fateh Khan de convaincre ses frères de poser les armes. L’ancien Wazir refusa. L’affrontement était alors inéluctable. Dost Mohammad, s’appuyant sur les Qisilbashs, réussit à faire fuir les forces de Shah Mahmoud au cours d’une bataille se déroulant non loin de Kaboul. Shah Mahmoud perdit alors la capitale qu’il ne put jamais récupérer. Peu après, la nouvelle lui parvint que les autres frères Barakzaï, Sher Dil Khan, Pur Dil Khan, ainsi que Kohan Dil Khan, s’étaient rendus maîtres de Kandahâr. Sentant la situation lui échapper, Shah Mahmoud décida de se retirer vers l’unique ville encore sous sa domination, c’est-à-dire Hérât et pour se venger, il mit alors à mort Fateh Khan au cours de sa retraite vers le Khorossan, alors qu’il se trouvait aux environs de Ghazni (le mausolée de Fateh Khan se situe dans cette ville). Il se replia alors avec son fils à Hérât qu’il conservera jusqu’à sa mort en 1829. (son fils, Kamran lui succéda et régna sur cette ville jusqu’en 1842, année de son assassinat).








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