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Emir Sher Ali Khan (1er règne 1863-1866 ; second règne 1868-1879). L’émir Sher Ali, au cours de son règne, fut un souverain éclairé, qui tenta de poser les premières pierres d’un Etat afghan moderne, mais son manque de lucidité causa sa perte.
Les défaites d’Ali Masjid et de Peiwar Kotal minèrent définitivement le pouvoir de Sher Ali en Afghanistan. La déroute de ses troupes avait une explication simple : depuis le début de son règne, l’émir s’était efforcé de moderniser son armée et d’éviter tant que possible que des armes soient mises à disposition des tribus. Or la défense du territoire afghan réside depuis toujours sur ces tribus, qui en temps de paix s’entredéchirent mais qui dès qu’un envahisseur se profile à l’horizon concentrent leur efforts afin de le repousser. La Première Guerre anglo-afghane en fut le parfait exemple.
Il était maintenant devenu évident pour l’émir qu’avec le déclin de son emprise sur ses propres sujets, les éléments restant de ses forces régulières ainsi que les diverses tribus afghanes allaient se regrouper en diverses factions, certaines favorables à son pouvoir, d’autres hostiles à lui, voire même pro-britannique à condition que ces derniers leur accordent une certaine autonomie.
L’émir Sher Ali était démoralisé. En l’espace de quelques jours, non seulement avait-il perdu son fils préféré, voilà maintenant que les Anglais l’assiégeaient alors qu’au cours de son règne il n’avait jamais rien fait à l’encontre de la stabilité de la région et avait notamment toujours strictement maintenu l’Afghanistan dans son rôle d’Etat tampon, comme il s’y était engagé à la conférence d’Amballah.
Conscient de la tournure tragique des évènements, dans une ultime tentative, Sher Ali s’adressa à ceux-là même qui pendant des années lui avaient, à renforts de promesses et de belles paroles, proposé une aide militaire : les Russes. Le 13 décembre, sous la pression de ses conseillers, l’émir Sher Ali Khan sortit le prince Yakoub Khan de prison et le nomma gouverneur de Kaboul. Le 1er janvier 1979, Sher Ali Khan prit alors la direction de Mazar-i Sharif, désirant s’entretenir sur place avec les hommes de main du Tsar Alexandre II. Là, Sher Ali envoya auprès de Von Kaufmann, le gouverneur du Turkestan russe, quatre émissaires dont la mission était de ramener en Afghanistan les renforts nécessaires pour combattre les troupes anglaises. Mais les diplomates russes, contrairement à leurs engagements quelques temps plus tôt, ne désiraient aucunement fournir une quelconque aide au roi. L’émir, trahi, mourut le 21 février 1879 dans la province de Balkh.. Sa mort lui épargna de voir son propre fils, le prince Yakoub Khan, se faire proclamer roi le jour même, ne prenant même la peine d’attendre la confirmation de la mort de son père.
Nous devons revenir sur le passé du nouvel l’émir afin de mieux cerner le personnage.
Mohammad Yakoub Khan était le troisième fils de l’émir Sher Ali Khan. De tous les fils de ce dernier, il fut celui qui joua le rôle le plus important dans la guerre fratricide qui opposa son père à son oncle Azam Khan. En retour, il bénéficia des faveurs du nouveau roi. Mais quelques temps plus tard, l’émir Sher Ali Khan, dépressif et facilement influençable, délaissa le prince Yakoub afin de privilégier un autre de ses fils qui n’était encore qu’un enfant, le jeune Abdullah Jan. Ce dernier, dont la mère Aisha Begum était la compagne préférée du roi, fut alors élevé au rang de prince héritier. Préférant faire plaisir à sa femme plutôt que privilégier les intérêts du pays, Sher Ali s’aliéna le soutien de ses fils plus âgés et notamment du plus vaillant, Mohammad Yakoub Khan, celui là même qui avait permis son accession au trône. En 1870, Yaqub, en conflit ouvert avec son père, s’enfuit de Kaboul et prit le contrôle de la ville d’Hérât, mais peu après, pris de remords, il revint à la capitale dans le but de demander pardon, ayant auparavant laissé la garde de la ville d’Hérât à son jeune frère Ayoub Khan. Au lieu d’accepter les excuses de son fils, Sher Ali Khan préféra le faire enfermer dans les geôles de la citadelle de Bala Hissar. Cet décision cruel poussa Ayoub Khan a entrer à son tour en rébellion. Des troupes furent aussitôt envoyées de Kaboul afin de rétablir l’autorité de l’émir sur Hérât. Ayoub Khan fut défait et dut alors s’exiler en Perse. Yakoub Khan, quant à lui, croupit en prison de nombreuses années avant que le 13 décembre 1878, Sher Ali le fasse libérer. Il fut alors nommer gouverneur de la capitale. Quelques temps plus tard, sans même attendre la confirmation de la mort de son père, il se fit proclamer émir à Kaboul en Mars 1979. Son frère aîné, Ibrahim Khan, resté au côté de leur père à Mazar-i Sharif, tenta de s’emparer du pouvoir dans les provinces du Nord. Mais rapidement, les chefs de tribus de la région firent soumission au pouvoir de Kaboul et Yakoub Khan put ainsi prendre le dessus sur son frère.
La personnalité du nouvel émir avait beaucoup changé après sept ans de prison. Il n’était plus le guerrier courageux qui une dizaine d’année auparavant avait réussi à vaincre Azam Khan et Abdul Rahman Khan. C’est dans ce contexte que le nouvel émir partit à la rencontre des Anglais afin de leur annoncer qu’il avait désormais pris la place de son père à la tête de l’Afghanistan.

