Les élections de 1965
Le Parti démocratique d’Afghanistan présenta huit candidats aux élections à la Wolesi Jirga (la chambre basse du parlement) qui se déroulèrent du 12 au 24 septembre 1965. Quatre furent élus : Babrak Karmal, Anahita Ratebzad (une des quatre femmes élues), Nour Ahmad Nour et Fezanul Haq Fezan (personnage qui disparaîtra de la scène politique afghane). Les quatre battus étaient Sultan Ali Keshtmand, Nour Mohammad Taraki, Abdoul Hakim Sharaya Jauzjani et Amin (battu d’une cinquantaine de voix seulement).
Le futur Parcham réussit à placer quatre de ses cinq candidats (seul Sultan Ali Keshtmand ne fut pas élu). On peut expliquer ce taux de réussite par les moyens financiers et le poids des réseaux dont disposaient ces candidats issus de familles riches et puissantes.
L’absence des futurs khalqis n’alla pas sans poser de problèmes au parti. Ainsi, en 1966, lors d’une séance parlementaire, Karmal fit des ouvertures à destination du roi en prononçant un discours conciliant à son égard, comparant son règne à celui des premiers califes, ce qui provoqua des tensions au sein du parti.
Le journal Khalq
En 1965, une loi autorisant les journaux d’opposition fut adoptée. Taraki en profita pour publier la revue Khalq (les masses). Après six numéros, les autorités décidèrent, le 6 mai 1966, d’en interdire la publication. Toutefois, les partisans de Taraki publièrent sporadiquement d’autres revues (Junbesh, Rahnema) après cette date.
Le lendemain de l’interdiction du Khalq, Karmal critiqua durement la ligne éditoriale du journal et la stratégie adoptée par Taraki. Selon lui, le parti devait masquer ses traits communistes (en enlevant par exemple la couleur rouge des symboles du parti) afin de pouvoir continuer ses activités. Taraki s’opposa fermement ces idées qu’il jugeait éloignées de la pensée marxiste-léniniste.
Les scissions
Création du Parcham
Le 24 septembre 1966, le comité central du parti se réunit. Karmal tenta, sans succès, d’y faire élire Mir Akhbar Khaybar. Logiquement, le comité central demanda à Karmal de donner sa démission, ce qu’il accepta. Il demanda alors à Mir Akhbar Khaybar de l’aider à créer une faction dissidente : le Parcham (drapeau). Toutefois, ce n’est qu’en mai 1967 que les deux partis connurent une existence distincte. Karmal fut alors rejoint par Sultan Ali Keshtmand, Gholam Destaguir Panjsheri, Charoullah Chapour, Nour Mohamed Nour, Suleiman Laeq, Abdoul Hakim Charayi Jowzjani et Anahita Ratebzad pour ne citer que les principaux. Ils mirent sur pied un comité central et désignèrent un secrétaire général.
Le 14 mars 1968, le journal Parcham fut publié pour la première fois. Karmal avait obtenu, contrairement à Taraki, le droit de publier son journal. Le Khalq y vit une nouvelle preuve de la collusion entre les parchamis et le pouvoir en place. Parcham fut publié jusqu’en juin 1969. Son contenu appelait à la création d’un front démocratique uni et à des changements dans le cadre du système constitutionnel. Karmal, fidèle à sa stratégie, réussit à se faire passer auprès du pouvoir et d’observateurs étrangers pour un réformiste socialiste.
Toutefois, l’agitation estudiantine fomentée par le Parcham mit un terme à la coopération tacite entre le Parcham et le gouvernement de Nour Ahmad Etemadi. En effet, des manifestations d’étudiants de l’Institut de technologie, de l’école de formation des maîtres et de l’école d’infirmière (trois bastions du Parcham) manifestèrent simultanément le 21 mai 1968. Un étudiant perdit la vie au cours d’échauffourées avec la police. Il est probable que les parchamis, attaqués par les autres mouvements de gauche en raison de leur supposée collusion avec le gouvernement, aient décidé que les bénéfices d’une attitude en apparence plus conciliante avec le pouvoir étaient finalement trop maigres.
Aux élections législatives de 1969, les parchamis ne gardèrent qu’un siège (Karmal), alors que dans le même temps le Khalq, avec l’élection d’Amin, entra au Parlement.
Le Setam-é Melli
En 1968 un autre parti émergea en raison de dissensions entre khalqis. Taher Badakhshi, opposé à Hafizoullah Amin, crée le Setam-é Melli (Oppression nationale). L’objectif du parti était de briser le monopole du pouvoir exercé par les Pachtounes, et de défendre les minorités non pachtounophones. Ainsi, il parvint à séduire des Tadjiks, des Ouzbeks et des Hazaras sensibles à son discours. Toutefois, son mouvement resta limité car dans l’esprit de la population, Badakhshi restait associé au communisme, une idéologie athée. Ainsi, un Mollah de Fayzabad, le chef-lieu de la province de Badakhshan où Taher Badakhshi s’était retiré, l’accusa de s’être détourné de la voie de l’islam, ce qui le marginalisa considérablement. En outre, le Setam-é Melli fut lui aussi victime d’une scission. Bahrouddine Baes, favorable à des actions plus radicales, créa son propre courant.
Assem Akram, dans son ouvrage Histoire de la guerre d’Afghanistan, suggère que l’Union soviétique fut à l’origine des dissensions entre les différents courants du PDPA. En effet, Moscou aurait souhaité et favorisé l’émergence de factions différentes capables d’élargir la base sociale et ethnique du parti.


