Afghanistan – Situation sécuritaire

Les docteurs afghans protestent contre une nouvelle menace à la sécurité : les groupes criminels

Bassirat.net

vendredi 28 mars 2008

Face à l’augmentation de la criminalité, les habitants de la ville occidentale de Hérât disent « assez ! ». Lorsqu’à la mi-mars une organisation criminelle a enlevé, dans les rues de Hérât, le fils de douze ans d’un important docteur, les habitants de la ville ont décidé qu’ils en avaient assez.

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Échoppes fermées le 11 mars à Hérât
Crédits : AFP/Reza Shirmohammadi

Des médecins, des infirmières et d’autres personnes travaillant dans le secteur de la santé se sont mis en grève pour protester contre ce qu’ils considèrent comme des tentatives peu enthousiastes du gouvernement pour aborder un problème sécuritaire qui s’aggrave. Des commerçants, des juges et la principale organisation syndicale de la ville les ont rejoints rapidement, entraînant la fermeture de prêt de 250 entreprises.

La grève, qui a pris fin au bout d’une semaine, met en évidence la désillusion grandissante envers les efforts entrepris par le gouvernement dans le domaine sécuritaire et illustre le fait que les organisations criminelles, et non les taliban, sont considérées comme la plus importante menace sécuritaire qui plane sur les principales villes d’Afghanistan.

« Nous avons peur de sortir car nous ne savons jamais si ce ne sera pas pour la dernière fois », affirme un habitant de la ville de Hérât, Ahmad Qureshi.

Enlèvements crapuleux en hausse

Des officiels affirment que près d’une centaine de cas d’enlèvement ont été enregistrés en 2007 pour la seule ville de Kaboul. La plupart ont été perpétrés par des organisations criminelles. Bien organisées et secrètes, elles enlèvent généralement des hommes d’affaires, des médecins et d’autres notables et demandent des rançons de plusieurs millions. Les groupes criminels organisent également des vols sophistiqués durant lesquels des centaines de milliers de dollars disparaissent.

Le chef des enquêtes criminelles, le général Ali Shah Paktiawal, a déclaré que de nombreuses organisations criminelles et des dizaines de groupes moins importants opèrent de manière informelle. Alors que les étrangers sont occasionnellement pris pour cibles, la majorité des personnes kidnappées sont afghanes.

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15 000 personnes ont manifesté le 8 mars 2008 à Hérât
Crédits : REUTERS/Hoshang Hashimi

Il y a deux mois, Mirza Koundouzi, un entrepreneur qui possède un bureau de change à Kaboul, rentrait chez lui après une longue journée de travail. Soudainement, six hommes ont bondi d’une voiture en stationnement et ont pointé des armes dans sa direction. « Ils portaient des uniformes de l’armée », a-t-il raconté. « Ils m’ont blessé avec un couteau, puis ils m’ont mis un bandeau sur les yeux et forcé à prendre place à l’arrière du véhicule », a-t-il ajouté.

Les ravisseurs l’ont conduit dans une maison située à proximité où ils l’ont régulièrement battu. «  Ils m’ont demandé deux millions de dollars. Ils n’ont pas cessé de me frapper car j’ai refusé de payer. Ils ne m’ont même pas enlevé le bandeau ; mes yeux sont restés fermés pendant sept jours ».

Les ravisseurs ont accepté une rançon de 400 000 dollars et ont laissé M. Koundouzi sur le bord d’une route plus tard cette nuit-là.

Les épreuves traversées par M. Koundouzi correspondent aux récits de centaines d’autres. Des analystes pensent que ce climat de peur amène les talents et les capitaux à quitter le pays.

Un groupe d’hommes d’affaires locaux estime que l’investissement privé a baissé de près de 50 % en 2007. « La prise pour cibles d’hommes d’affaires et d’entreprises par des organisations criminelles qui exigent des rançons a un impact profond sur le moral des entrepreneurs et, ainsi, sur le secteur privé et sur l’investissement », a récemment déclaré l’Afghan Investment Support Agency dans un communiqué.

Certains experts affirment que le taux de chômage élevé et l’absence d’opportunités contribuent à créer des conditions favorables à la prospérité des organisations criminelles. «  Lorsque les milices des moudjahiddine ont été démantelées, un grand nombre de personnes ont été jetées dans les rues sans les moindres revenus », a rappelé Haroun Mir, vice-directeur du Centre de recherche et d’études politiques.

D’anciens combattants impliqués dans la criminalité ?

De nombreux anciens soldats travaillent désormais dans des agences de sécurité privées. « Nous avons la preuve que certaines de ces compagnies sont impliquées dans les enlèvements, les vols et le trafic de drogue », a affirmé le général Paktiawal.

Beaucoup pensent que des éléments de la police afghane sont corrompus et qu’ils ne peuvent pas compter sur eux pour atteindre un niveau de sécurité approprié. « De nombreux groupes criminels ont des contacts au sein de la police », a affirmé M. Mir. « En outre, il n’existe aucun système pour récompenser les bons policiers ou punir les mauvais », a-t-il ajouté.

La peur et la frustration qui ont conduit les habitants de Hérât à faire grève amènent Koundouzi à prendre les choses à son compte. « Certains policiers sont impliqués dans ces affaires et le gouvernement ne protège personne ici », a-t-il dit d’une voix remplie de colère. « Après mon enlèvement, j’ai décidé que la seule manière d’être en sureté était de posséder une arme », a-t-il ajouté.

En attente d’un permis de port d’arme, un processus difficile et couteux même dans un pays inondé d’armes, Koundouzi reconnaît qu’il ne serait peut-être pas en mesure d’acheter sa liberté la prochaine fois. « Ils m’ont tout pris. Ils peuvent m’enlever à nouveau », a-t-il dit, « il ne me reste plus rien ».

Ce texte est la traduction d’un article du Christian Science Monitor publié le 21 mars dernier.








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