Ils ont dit qu’ils abattraient le garçon, qu’ils le couperaient en morceaux avant de l’abattre. « Nous parlons affaires », menaçaient les kidnappeurs lors de conversations téléphoniques laconiques avec le père de l’enfant.
Quelque part dans les environs, accroupi à l’intérieur d’une petite cage métallique se trouvait Abdoul Walid Zalal, garçon âgé de neuf ans. Ses ravisseurs jouaient du couteau et pointaient leurs armes dans sa direction. Ils lui disaient qu’il allait perdre une oreille puis une jambe si son père ne coopérait pas.
Mince et d’aspect sérieux, Zalal a été enlevé dans une rue de Kandahâr dans la matinée du 27 janvier alors qu’il se rendait à l’école. Quelqu’un l’a tiré dans une Toyota Corolla, le véhicule le plus courant dans la région. Un vêtement imbibé d’un produit chimique a été placé sur son visage, le rendant inconscient.
Lorsqu’il s’est réveillé, il s’est rendu compte qu’il était coincé dans une sorte de cellule souterraine. Deux autres garçons se trouvaient dans les cages situées à côté de la sienne. Il reconnu l’un d’eux qui fréquentait la même école que lui. Il avait disparu cinq mois plus tôt. Le croyant mort, ses parents avaient renoncé à le retrouver.
Les ravisseurs demandaient de l’argent. Dans le cas de Zalal, le montant de la rançon était de 200 000 dollars américains.
Les négociations ont commencé immédiatement après l’enlèvement. « J’ai reçu un appel une heure après le kidnapping de Zalal », raconte son père, Abdoul Habib Malal, verrier. « Les ravisseurs voulaient que l’argent soit remis à Ghazni ou à Hérât », deux provinces situées au nord de Kandahâr.
L’enlèvement d’enfants est courant dans cette ville dangereuse et presque sans loi. Toutefois, la presse s’en fait rarement l’écho. Par contraste, l’enlèvement d’étrangers est rare bien qu’il provoque un certain tumulte, comme le montre l’enlèvement le mois dernier d’une humanitaire américaine à Kandahâr. On est sans nouvelle de Cyd Mizell, 49 ans, qui a été enlevée en compagnie de son chauffeur sur le chemin de son bureau le 26 janvier.
Les enfants afghans sont considérés comme moins importants. Mais une augmentation perceptible du nombre d’enfants enlevés cette année intervient au moment où les la habitants de Kandahâr critiquent ouvertement la police et les représentants gouvernementaux qui, selon eux, n’essayent pas de résoudre les crimes, sans parler de les empêcher.
Certains, à l’image du père de Zalal, soupçonnent des officiers de police de collaborer avec des ravisseurs. « Je me suis retourné vers la police lorsque mon garçon a été enlevé », affirme M. Malal « et le chef de la police en personne m’a dit de payer la rançon. « À plusieurs reprises, j’étais assis avec le chef de la police lorsque les ravisseurs m’ont appelé pour me dire qu’ils allaient couper les oreilles ou les jambes de l’enfant », dit-il.
M. Malal a senti qu’il n’avait pas d’autre choix que de négocier avec les ravisseurs. Il est parvenu à réduire le prix de la rançon mais refuse que le prix final, bien inférieur au prix initial, soit rendu public.
En fin de semaine dernière, après que ses proches eurent déposé un sac rempli d’argent dans un lieu convenu à Hérât, Zalal a été libéré. « Il a été mis dans une Corolla et après un trajet qui a duré probablement trente minutes, il a été laissé dans une rue située juste derrière Madad Chowk », un rond-point du centre de Kandahâr, raconte M. Malal.
M. Malal explique qu’il a accepté l’interview car il veut alerter le public sur les enlèvements d’enfants à Kandahâr et sur le peu d’efforts entrepris par la police pour arrêter les enlèvements.
Il était accompagné de Zalal lors de l’interview. Le garçon semblait calme et en bonne santé. Toutefois, M. Malal affirme qu’il est désormais sujet à des crises d’angoisse, particulièrement la nuit lorsque l’obscurité s’installe. « Il n’est pas retourné à l’école ni même à la mosquée », dit son père. « Il ne voulait pas sortir aujourd’hui, j’ai dû l’obliger », ajoute-t-il.
Zalal a alors raconté son expérience terrifiante.
Pendant les onze jours qu’a duré sa détention, il a eu pour seule nourriture du pain rassis, de la margarine et de l’eau. Il a raconté qu’il ne pouvait pas manger le pain. Il a été contraint de se soulager dans sa cage. On lui a interdit de parler aux deux autres garçons.
Zalal s’est rendu compte qu’ils étaient détenus dans l’une des pièces d’un large complexe souterrain. « Chaque pièce avait des cages », a-t-il dit. « Il y avait plusieurs niveaux reliés par des escaliers en bois et une trappe se trouvait au-dessus de nos têtes. Les ravisseurs fermaient la trappe et garaient un véhicule sur celle-ci ».
Lorsque la trappe était ouverte, il a pu avoir un curieux aperçu de la partie supérieure. Zalal a déclaré qu’il y avait de nombreux véhicules dans le complexe, dont le dernier modèle de Toyota Land Cruiser. Elles étaient blanches avec des bandes vertes et le mot POLICE était apposé sur les portières.
Sa description correspond au signalement des véhicules conduits dans de hauts responsables de la police de Kandahâr.
Zalal déclare qu’il a vu les visages de cinq hommes et qu’il a occasionnellement entendu la voix d’une femme. Tous s’exprimaient en pashtou, la langue parlée à Kandahâr. À trois reprises, il a parlé à son père angoissé via un téléphone portable. À chaque fois, il a pleuré et supplié son père de payer la rançon.
Il n’a pas été maltraité physiquement, mais Zalal affirme qu’il a été constamment menacé, particulièrement lorsqu’il pleurait. « Ils disaient qu’ils m’abattraient si je pleurais plus longtemps », se souvient-il. « Nous étions tous traités de la même manière », dit-il. Cependant, Zalal a eu plus de chance que les deux autres. Son père a récolté suffisamment d’argent pour satisfaire les ravisseurs.
L’une des premières choses qu’il a faite après sa libération a été de se rendre avec son père chez les parents son camarade d’école captif depuis cinq mois. « Je connais le père du garçon », précise M. Malal. « Son nom est Kasim, il possède une station service en ville. La mère est devenue à moitié folle. Elle s’est arrachée la moitié des cheveux. Mon fils leur a dit que leur garçon était encore en vie. La mère est devenue si heureuse ».
Toutefois, la situation du garçon est « compliqué », ajoute-t-il. Ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Les ravisseurs ont indiqué qu’ils ne le libéreraient tant que huit membres de leur organisation criminelle n’étaient pas libérés de prison, d’après M. Malal. Le garçon est, en d’autres termes, retenu en otage.
La situation du troisième garçon n’est pas connue.
Le chef de la police de la province de Kandahâr, Sayyid Agha Saqib est peu enclin à parler des enlèvements d’enfants qui se déroulent dans sa juridiction. En fait, il a récemment déclaré « qu’il n’y avait aucune affaire d’enlèvement d’enfant en ce moment ».
Pressé, il a concédé que ses officiers de police étaient à la recherche de ravisseurs présumés. « Il est trop tôt pour rendre publiques des informations » sur des enquêtes en cours, ajoute-t-il.
M. Saqib a finalement reconnu que d’autres garçons originaires de Kandahâr, dont le fils de Kasim, le propriétaire de la station service, ont été kidnappés. « Nous travaillons également sur ces affaires », déclare le chef de la police.
Ses hommes « fournissent la sécurité nécessaire aux familles dont les enfants ont été récemment enlevés », insiste-t-il.
Idioties, a répliqué M. Malal. « La police n’a été d’aucune aide. Je pense même qu’ils ont pu être impliqués », estime-t-il. Il possède les numéros de téléphone utilisés par les ravisseurs pour l’appeler. La police de Kandahâr, a-t-il dit, n’a pas daigné regarder les numéros. « Ce n’est pas trop compliqué. Les policiers peuvent repérer d’où ces appels ont été passés ».
Zalal reste tranquillement assis et écoute son père parler. Il réprime un bâillement. Il juste content d’être libre et de retour avec ses parents, ses deux frères cadets et ses deux sœurs cadettes. Il dit qu’il veut retourner à l’école mais qu’il devra attendre. Ses parents ont décidé d’embaucher un enseignant, leurs enfants sont instruits à la maison. « C’est pour leur sécurité », explique M. Malal. « Les enfants ont encore peur. Lorsqu’ils entendent voiture sur la route qui borde notre maison, ils se ruent à l’intérieur ».
Texte traduit d’un article du National Post.

