Après la mise à l’écart, en 1818 de Shah Mahmoud (petit fils d’Ahmad Shah Durrani) par les fils de Payenda Khan (chef du clan des Barakzaï), l’Afghanistan sombra dans le chaos. Le clan des Barakzaï, et plus précisément la famille Mohammadzaï, en profita pour saisir le pouvoir. Les Mohammadzaï constituent une petite fraction du clan des Barakzaï de la tribu des Abdali (appelée plus tard Durrani). Ils tirent leur nom de Mohammad un contemporain de Malik Sado, l’ancêtre des Sadozaï. Le dénommé Mohammad, ainsi que les membres de sa petite tribu, vivaient vers la fin du seizième siècle aux alentours de la ville d’Arghasan, située au Sud de Kandahar. Ses descendants, les Mohammadzaï (traduit par fils de « Mohammad ») furent élevés au rang de chef du clan des Barakzaï.
Petit à petit le pouvoir des membres de cette petite tribu prit de l’ampleur. C’est ainsi que lorsque le puissant Ahmad Khan Abdali rentra à Kandahar, en 1747, pour la Loyah Girgah, il ne trouva d’autre adversaire que le fier Haji Jamal Khan, chef du clan des Barakzaï. Le fils de ce dernier, Sardar Payenda Khan rendit d’importants services à Timour Shah (fils d’Ahmad Shah) qui lui accorda le titre de Sarfaraz Khan. Mais quelques temps plus tard, en 1800, à la suite de ses intrigues avec Shah Mahmoud, il fut assassiné par Shah Zaman. Il laissa 25 fils dont l’aîné Fateh Khan fut nommé Wazir, avec le titre de Shahdost Kahn, après que Shah Mahmoud ait pris Kaboul (pour plus de détails, veuillez voir Le Déclin des Sadozaï). Le pouvoir croissant des Mohammadzaï les amena rapidement à se heurter à la famille régnante des Sadozaï. Cette lutte pour le pouvoir mit l’Afghanistan à feu et à sang jusqu’à ce qu’à la suite de l’exécution de Fateh Khan en 1818 par le prince Kamran , son frère Dost Mohammad (1792-1863) chassât Mahmoud de Kaboul.
Les chefs barakzaï, qui tenaient alors la plus grande partie du pays, gouvernèrent d’abord au nom de divers souverains fantoches de la famille Sadozaï, comme Sultan Ali Shah de 1818 à 1819 (sa mère était la fille du Grand Moghol Mohammad Alamgir ; il fut assassiné, à Bala Hissar, par Shahzada Ismaïl, le fils de son frère et successeur), ou Ayub Shah de 1819 à 1823 (qui lui fut assassiné par le frère cadet de Fateh Khan, Purdil Khan, après que ce dernier se soit emparé de Kaboul). Les frères de Fateh Khan préféraient gouverner sous la souveraineté d’un prince sadozaï plutôt que d’assumer la royauté. Cela s’explique aisément par le fait que les descendants d’Ahmad Shah bénéficiaient encore, malgré leurs innombrables fautes, d’une très grande estime de la part des Afghans.
Il fallut attendre 1835 pour que Dost Mohammad Khan, jeune frère de Wazir Fateh Khan, puisse exercer une autorité assez forte sur ses frères pour pouvoir se faire proclamer émir. Il ne prit pas le titre de Shah par peur d’effrayer les autres membres de son clan. Ainsi, ni lui, ni aucun de ses successeurs avant Shah Amanullah ne prient le titre de Shah, ou roi.


