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Lord Lytton, vice-roi des Indes de 1876 à 1880, fut l’instigateur de la chute de l’émir Sher Ali en engageant volontairement les hostilités qui conduirent à la Seconde Guerre anglo-afghane, appliquant ainsi la doctrine de la "Forward Policy".
Les prémices d’un conflit Après le désastre sans précédent que constitua la Première Guerre anglo-afghane pour les Anglais, ces derniers adoptèrent une politique de stricte neutralité vis-à-vis de l’Afghanistan. Ils misèrent sur la capacité des Etats musulmans indépendants d’Asie centrale à lutter contre l’armée russe afin de défendre leur empire des Indes. Les britanniques furent rapidement confrontés à une dure réalité : les Russes, en à peine quelques dizaines d’années avaient réussi à atteindre les rives de l’Amou Daria, limite nord de l’Afghanistan. Or depuis 1849 et l’annexion du Pendjab, cette menace russe sur l’Etat afghan concernait au plus haut point les autorités britanniques. Dorénavant, pour les Anglais, la politique de non-intervention paraissait de plus en plus intenable. (cf. l’émir Sher Ali Khan et les prémices de l’Afghanistan moderne). Deux politiques s’affrontèrent alors en Angleterre :
1) La « Forward Policy » prônait l’annexion de l’Afghanistan à l’Inde car pour ses supporters la défense de la perle coloniale anglaise nécessitait de pousser ses frontières jusqu’à la barrière naturelle du sous-continent indien, représentée par l’Hindou Koush (la Montagne tueuse d’Hindous).
Plus les Russes étendaient leur influence en Asie centrale, plus le poids de cette politique « de l’élan en avant » prenait de l’ampleur auprès des députés anglais.
2) La « Liberal Policy » quant à elle prétendait que l’Indus représentait cette frontière naturelle et que l’Angleterre se devait d’aider les monarques afghans à maintenir un pouvoir fort dans leur pays afin de constituer un Etat tampon entre les deux empires.
Pendant le règne de l’émir Dost Mohammad, puis au cours de celui de son successeur, son fils Sher Ali, cette dernière théorie prit le pas sur l’autre. Ainsi, les Anglais concentrèrent leurs efforts à aider financièrement et matériellement les émirs en place afin de stabiliser les frontières de leur pays. Malgré la bonne entente entre les souverains afghans et les Anglais, dont l’apogée fut représentée par la conférence d’Amballah de 1869, les monarques afghans refusèrent obstinément l’installation d’une mission anglaise en Afghanistan tant les souvenirs de la Première Guerre étaient tenaces. Mais à partir de 1873, les relations entre l’émir Sher Ali et l’empire britannique se tendirent. En effet le souverain afghan était très préoccupé par la prise de contrôle de Khiva par les Russes. En réponse à ces craintes, l’Angleterre ne daigna apporter aucun soutien supplémentaire en faveur de l’émir. De plus, en 1874, un fait majeur intervint et bouleversa complètement la situation : en cette année, en Grande Bretagne, Benjamin Disraeli devint premier ministre et un nouveau vice-roi, Lord Lytton, fut appointé à Delhi avec l’ordre de relancer la « Forward Policy » dans la région. Soucieux de préserver sa popularité, Sher Ali refusa à nouveau l’installation d’une mission anglaise à Kaboul, prétextant que dans ce cas les Russes pourraient légitimement avoir les mêmes prétentions. L’émir Sher Ali savait que les Anglais étaient incapables de protéger l’Afghanistan en cas d’attaque russe. Aussi, il continua d’interdire l’entrée de son territoire aux diplomates russes et anglais, tout en conservant des relations diplomatiques avec le Tsar. L’émir voulait maintenir à tout prix un équilibre entre les deux grandes puissances afin de préserver la paix en Afghanistan. Mais après leurs déboires en Europe, scellés par le congrès de Berlin en 1878, les Russes furent dans l’obligation de concentrer leur attention sur l’Asie centrale, seul point faible dans l’hégémonie anglaise. Or il se trouve que les diplomates russes disposaient d’un atout non négligeable leur permettant d’être en position de force lors de futurs négociations avec l’émir Sher Ali. En effet, depuis 1869, le prince en exil Abdul Rahman Khan, cousin du roi et ancien Premier ministre de l’Afghanistan, avait trouvé refuge à Samarkand. Il avait été accueilli par le gouverneur russe du Turkestan, Von Kaufmann, qui pouvait désormais faire pression à loisir sur Sher Ali, en le menaçant d’appuyer les prétentions du prince Barakzaï sur le trône du pays.

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L’émir Sher Ali et le prince héritier Abdullah Jan, fils préféré du souverain afghan.
Ce stratagème semble avoir fonctionné car au cours de l’été 1878, les Russes envoyèrent à l’improviste, à Kaboul, un émissaire, nommé Stoliétov, à qui les portes de la ville furent ouvertes. Le Russe fit son arrivée dans la capitale le 22 juillet 1878. Aussitôt, le 14 Août, les Anglais exigèrent de Sher Ali la réception d’une mission diplomatique, mené par Louis Cavagnari et Neville Chamberlain. Malheureusement, l’émir Sher Ali, à ce moment était occupé par les funérailles de son fils préféré, le Prince Abdullah Jan (qui devait être son successeur) et c’est dans ces conditions que la requête britannique resta sans réponse. Les perfides anglais envoyèrent alors un détachement à la frontière afghane qui se vit refuser la permission de traverser la passe de Khyber. Aussitôt un ultimatum fut délivré à l’encontre de l’émir Sher Ali : « Si le passage n’est pas accordé le 20 Novembre 1878, les troupes anglo-indiennes franchiront la frontière de force ». Sher Ali dut se soumettre et donna finalement son approbation à la pénétration du détachement anglais en Afghanistan, le 19 novembre. Ce changement de cap in extremis n’empêcha pas les Anglais de saisir ce simple évènement afin de justifier l’invasion de l’Afghanistan.
Avant même l’ouverture des hostilités, les Anglais avaient déjà envisager trois possibilités pour le futur de l’Afghanistan :
1) Ils désiraient sceller, une fois le pays occupé, une alliance avec l’émir de l’Afghanistan qui leur confierai une fois pour toute le stricte contrôle de la politique extérieure afghane, excluant définitivement toute implication des diplomates russes dans la vie politique afghane.
2) En cas d’échec dans leurs tentatives de trouver un terrain d’entente avec l’émir afghan en vue de la signature d’un accord à leur convenance, les Anglais annexeraient tout simplement les territoires afghans jusqu’aux sommets de l’Hindou Koush, qui auraient constitué incontestablement une muraille naturelle infranchissable pour d’éventuelles forces d’invasion russes.
3) En cas de non réussite des deux premiers plans, l’Angleterre était disposé à morceler le territoire afghan en deux entités distinctes, ayant respectivement pour capitale Kaboul et Kandahar.
C’est dans ses conditions que l’Angleterre déclara la guerre à l’Afghanistan.

