Les premiers pas des diplomaties européennes en Afghanistan


La Première Guerre anglo-afghane rentre dans le cadre de ce qui fut appelé «  le Grand Jeu » (the Big Game) par Rudyard Kipling. Cette partie du monde attisait, à l’époque, les convoitises des grandes puissances. Il n’était rien de plus facile que de dresser les tribus et les prétendants au trône les uns contre les autres. Il était ainsi d’autant plus aisé aux pays européens de se faire la guerre sur le dos des populations locales. Les décisions n’étaient désormais plus prises à Kaboul, Téhéran ou encore Delhi mais à Londres ou Moscou. Chaque puissance possédait son propre pion qu’elle armait et encadrait militairement. Les Anglais poussaient les Sikhs avec Ranjit Singh à leur tête, les Russes, eux, manipulaient les Iraniens, gouvernés par la dynastie des Kadjars. Les Afghans, au centre de cet échiquier, avec à leur tête le clan des Barakzaï, jouèrent alors le rôle d’arbitre, essayant de maintenir, à la différence de leur voisins indiens et perses, l’unité et surtout l’indépendance de leur pays : le pays des insoumis.

JPEG - 40.3 ko

Expansion coloniale anglaise dans le sous-continent indien

La politique anglaise en Asie Centrale et son pendant russe.

Les Britanniques ont débarqué sur le sous continent indien en 1612. Profitant de l’effondrement des Moghols, ils étendirent progressivement leur influence en Inde, ce qui les confronta rapidement aux Sikhs et aux Afghans.

Au cours de cette avancée, les exploits d’Ahmad Shah Durrani, qui avaient eu lieu à peine quarante ans plus tôt, furent portés à leur connaissance. Dès lors, leur « politique afghane » n’eut de cesse de tenter d’annihiler la menace représentée par les Afghans. Se basant sur l’apogée du grand roi afghan, ils appréhendaient l’Afghanistan avec une certaine méfiance et crainte. Or il se trouve que les ambitions nationalistes persanes et sikhs, de l’époque, arrangeaient à merveille les Anglais, qui voyaient d’un mauvais œil les visées indiennes du roi , Zaman Shah, petit fils d’Ahmad Shah. Il y allait de leurs intérêts vitaux, aussi bien politiques que financiers. En effet, après avoir été longtemps cantonnés dans des activités commerciales, la Compagnie des Indes Orientales s’était muée en une puissance militaire majeure.

Les interférences de la France en Asie

La menace afghane était d’autant plus redoutée qu‘elle risquait de se conjuguer d’un côté avec celle de divers Sultans hindous, comme Tipoo Sahib (le turbulent Sultan du Mysore) bien décidés à ne pas vivre sous le joug anglais, et avec le rêve oriental de Napoléon Bonaparte, de l’autre. En effet, l’empereur français avait affirmé devant le Directoire « qu’aussitôt maître de l’Egypte, il établirait des relations avec les princes indiens et de concerts avec eux, il attaquerait les Anglais dans leurs possessions ». D’autre part, le Sultan de Mysore avait promis son soutien au roi d’Afghanistan si celui-ci envahissait l’Inde du Nord. Le souverain Tipoo Sahib avait déjà été en pourparlers avec Timour Shah, le père de Zaman Shah, dès 1790. Plus tard, en 1796,sous le nouveau roi Zaman Shah, deux ambassadeurs indiens furent envoyés à Kaboul, pour plaider la cause des Moghols dans leur lutte contre les Sikhs et surtout pour proposer la formation d’une alliance destinée à contrer les Anglais. Zaman Shah répondit favorablement à cette requête. Mais, malheureusement pour Bonaparte et les Afghans, les Anglais s’empressèrent d’assiéger le sultanat de Mysore et Tipoo Sahib fut tué au cours du siège de sa capitale. Restait la menace afghane. Bonaparte était en Egypte, rien ne l’empêchait, pensaient les Anglais, de prêter main forte à Zaman Shah en s’assurant au préalable l’alliance de la Perse. Pour contrer ce danger, les Anglais proposèrent à la Perse un traité d’amitié dont l’objectif principal était la création d’une source continue d’anxiété et d’appréhension pour Zaman Shah aux frontières même de son royaume, de façon à le dissuader de tout futur projet d’invasion des Indes. L’initiative anglaise réussit. Fateh Ali Shah fut convaincu de s’opposer aux Afghans, afin de les détourner à jamais de leurs ambitions indiennes.

L’accord, signé en 1801, stipulait que les Iraniens attaqueraient l’Afghanistan sur leur flanc ouest, en cas d’offensive de ces derniers sur l’Inde. Malheureusement, la réalité afghane était désormais tout autre. Le temps de la splendeur était passé en raison des continuelles guerres de succession qui avais mis à mal la cohésion du royaume, et dorénavant les souverains afghans étaient empêtrés dans une lutte fratricide, qui les empêchaient non seulement d’élaborer une quelconque expédition en Inde, mais aussi de protéger les frontières de leur propre pays.

L’arrivée de la Russie, en remplacement de la France

Les Afghans, mêmes affaiblis, continuaient à représenter un danger potentiel pour le Nord de l’Inde et quelques années plus tard, un nouvel élément vint modifier la situation. En effet, en 1807, Napoléon signa, avec le Tsar de Russie, le traité de Tilsit par lequel les deux grandes puissances envisageaient une invasion de l’Inde à travers les plaines iraniennes et afghanes. Les Anglais s’empressèrent alors de renforcer leur pouvoir dans la région en signant un accord d’amitié avec Shah Shoja alors au pouvoir en Afghanistan. Les Britanniques étaient décider à dresser des barrages contre la menace franco-russe. Pour mener à bien cette politique, trois émissaires furent envoyés respectivement en Perse, pour inciter Fath Ali Shah à rompre ses liens avec Napoléon, au Pendjab, pour gagner l’amitié du Maharaja sikh Ranjit Singh et en Afghanistan pour éviter que son roi ne s’ouvre aux éventuelles propositions franco-russes.

Quelques années plus tard, les frères de Dost Mohammad qui avaient accaparés Kandahar sollicitèrent l’assistance des Russes et des Persans afin d’obtenir leur soutien face au souverain de Kaboul. Un émissaire russe au nom de Vitkevitch se rendit alors dans l’ancienne capitale royale, mais les pourparlers prirent fin prématurément à la faveur du départ précipité de ce dernier vers Kaboul.

L’alliance de raison anglo-sikh

Des trois diplomates, seul celui délégué auprès des Sikhs réussit à obtenir un succès complet. En effet, au terme de discussions orageuses avec Ranjit Singh, il parvint à lui arracher un traité d’amitié (le traité d’Amritsar) qui, outre le but recherché, limitait les ambitions territoriales du chef sikh. Il est important de noter que Ranijt Singh, l’homme qui unifia le Pendjab sous l’égide des Sikhs et qui créa ainsi le premier royaume sikh indépendant, fut aussi le responsable, à moyen terme, de la perte de cette indépendance, en signant ce document qui permit aux Anglais de poser pied dans cette région, ouvrant ainsi la voie dans les années qui suivirent à une politique de colonisation.

Les premiers pas de la diplomatie anglaise en Afghanistan : un traité d’amitié éphémère

La délégation chargée de se rendre auprès de Shah Shoja était dirigée par Mountstuart Elphinstone. Elle était sans doute la plus imposante des trois, avec son cortège de quatre cents cavaliers. L’émissaire anglais parvint à Peshawar le 25 Février 1809, après un trajet de quatre mois. Il fut aussitôt reçu en audience par Shah Shoja, qui lui espérait, de son côté, obtenir le soutien des Anglais afin de consolider son pouvoir. Un traité d’amitié fut adopté par les deux parties en présence. L’accord stipulait que si la France ou la Perse attaquait l’Afghanistan, l’Angleterre aiderait le Shah de Kaboul. Mais en contrepartie, le Shah ne laisserait pas les Français ou les Russes pénétrer en Afghanistan. C’est ainsi que le « Grand Jeu » commença (the Big Game). Dès la signature de ces accords anglo-afghans (17 Juin 1809), le monarque afghan prit la route pour Kaboul, ignorant que la capitale venait de tomber aux mains de ses ennemis, qui, avisés de son arrivée imminente, s’étaient portés à sa rencontre. Malheureusement pour les Britanniques, Shah Shoja fut alors déposé par son frère Shah Mahmoud, rendant caduque leur traité d’amitié.

Les efforts anglais avaient été faits en vain. Mais la situation évolua rapidement dans la région, car après l’effondrement de l’empire afghan puis la chute de l’empire napoléonien, il paraissait clairement aux yeux des Anglais que les menaces sur leur empire colonial ne provenaient pas de l’Afghanistan, ni même de la France, mais plutôt de l’empire Russe qui avait commencé à étendre son influence sur le Caucase et les grandes plaines d’Asie Centrale.








Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Contact | © copyright bassirat.net - 2007