Selon Asia Times Online (ATO), le mollah Omar a limogé le commandant Baïtôllah Meshoud de la direction du Tehrik-i Taliban, organisation chapeautant l’ensemble des taliban paksitanais, et appelé tous les commandants affiliés aux taliban à combattre les forces de l’Otan et de la coalition antiterroriste internationales déployées en Afghanistan. Puis, il a désigné la mawlawi Faqir Mohammad, commandant originaire de l’agence de Bajaur, qui a refusé le poste.
Baïtôllah Meshoud est le principal architecte de la lutte contre les forces de sécurité pakistanaises dans l’agence tribale semi-autonome. Le gouvernement l’accuse d’avoir commandité l’assassinat, fin décembre, de l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto. La semaine dernière, il a lancé ses hommes (il commanderait un total de 20 000 combattants) à l’assaut de deux forts tenus par des unités paramilitaires.
Asia Times Online souligne que ces développements sont intervenus au moment où les autorités pakistanaises ont réussi à conclure des trêves avec certains commandants, dont Gôl Bahadour et Sirajouddin Haqqani, le fils du célèbre commandant afghan, Djalalouddine Haqqani. Mais, des éléments affiliés à al-Qaïda, notamment le chef du Mouvement islamique d’Ouzbékistan, Taher Youldash, tentent de tuer ces initiatives dans l’œuf. « Nous refusons les accords de paix avec les forces de sécurité pakistanaises et appelons les moudjahiddine à combattre jusqu’à la victoire totale », déclare-t-il dans un message vidéo.
Baïtôllah Meshoud est considéré comme un proche et un disciple de Tahir Youldash. À l’heure actuelle, le soutien et la protection que lui et la tribu Meshoud apportent aux combattants ouzbeks de Youldash sont inestimables. En effet, en mars 2007, Youldash et ses hommes ont été attaqués par des miliciens de la tribu Wazir dirigés par le mawlawi Nazir, commandant taliban rallié au gouvernement fédéral.
Une nouvelle offensive, visant cette fois plus spécifiquement Baïtôllah Meshoud et la tribu Meshoud, semble d’actualité. « En discutant avec les représentants du gouvernement lors d’une assemblée traditionnelle, nous avons clairement senti de la rancœur à l’égard de Baitôllah et des Meshoud de la part des forces de sécurité. Des signes montrent que le gouvernement est obsédé par une opération militaire qui ferait de Baïtôllah Meshoud un martyr », a déclaré à Voice of America le maulana Hisamuddin, membre important de la commission de paix du Sud-Waziristan.
Les taliban afghans et les autorités pakistanaises partagent, une nouvelle fois, des intérêts tactiques communs. La disparition de Baitôllah permettrait à Islamabad de ramener un semblant de calme dans une région troublée. Baitôllah a déçu le mollah Omar. En l’adoubant à la demande du mollah Dadôllah, le chef suprême des taliban pensait qu’il serait d’une grande aide dans le combat des taliban en Afghanistan. Mais, Baïtôllah Meshoud a privilégié la lutte contre les forces de sécurité pakistanaises dans le Sud-Waziristan.
Si cette région redevient une base opérationnelle des taliban afghans et un réservoir quasi inépuisable de combattants et de volontaires de la mort, la situation sécuritaire en Afghanistan connaîtra une nette dégradation. Selon Asia Times Online, les taliban disposent de solides bastions dans des provinces très proches de la capitale Kaboul (Logar, Wardak et Ghazni) ; sans compter les larges portions de territoire qu’ils contrôlent dans les provinces de Ghor, Farah, Nimrouz, Zâbol, Ourouzgân, Kandahâr et Helmand.
ATO souligne également que, pour la première fois, les taliban ont attaqué en début de semaine un convoi de carburant destiné à l’Otan dans la province du Baloutchistan, au sud-ouest du Pakistan. « Si les lignes de ravitaillement de l’Otan sont coupées au Pakistan, l’Otan aura des sueurs froides », a affirmé, sous le couvert de l’anonymat, l’employé d’une importante ONG. « La seule alternative serai de mettre en œuvre des moyens aériens, ce qui exploserait le budget de l’Otan », a-t-il ajouté.
Avec Asia Times Online

