Moucharraf Pervez

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Arrivé au pouvoir par un coup d’État sans effusion de sang, Pervez Moucharraf est président du Pakistan depuis juin 2001. Marié, il a deux enfants, un fils et une fille, et quatre petits enfants.


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Pervez Moucharraf est né le 11 août 1943 à Darayaganj, près de Delhi, en Inde. Ses parents, qui appartiennent à la classe moyenne, ont reçu une formation supérieure. Sa mère, Zehra, est diplômée en littérature anglaise de l’université Lucknow. Jusqu’en 1986, elle a travaillé pour le Bureau international du travail (BIT). Son père, Sayyid Moucharraf Uddin, est diplômé de l’Université d’Aligarh, en Inde. Puis, il rejoint la fonction publique.

Après l’indépendance et la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947, les Moucharraf décident de quitter l’Inde pour le Pakistan. Ils deviennent des Mohadjir, musulmans d’origine indienne ayant choisi de migrer au Pakistan de manière définitive après la partition. La famille Moucharraf s’installe dans la ville portuaire de Karachi, capitale de la province du Sindh.

Sayyid Moucharraf Uddin intègre le ministère pakistanais des Affaires étrangères. Il sert notamment à l’ambassade du Pakistan à Ankara, capitale de la Turquie, où le jeune Pervez passe une partie de son enfance, apprend à parler couramment le turc et s’intéresse à la figure d’Atatürk. Sayyid Moucharraf Uddin finira sa carrière en tant que chef de section au sein du ministère.

Pervez Moucharraf rejoint l’académie militaire en 1961. En 1964, il débute sa carrière militaire dans un prestigieux régiment d’artillerie, puis rejoint des brigades d’infanterie et des unités commandos. En 1965, il suit une formation militaire au Royaume-Uni. l participe l’année suivante à la deuxième guerre contre l’Inde au sein d’un régiment d’artillerie automotrice. Il reçoit une médaille (Imtiaz-i-Sanad) pour sa bravoure. Plus tard, il se porte volontaire pour intégrer une unité de commandos au sein de laquelle il participe à la guerre de 1971 qui aboutit à la partition du Pakistan occidental qui deviendra le Bangladesh.

Bien qu’il ne fasse pas partie des officiers de la majorité ethnique punjabi, il gravit les échelons rapidement. Promu brigadier général en 1991, il prend le commandement d’une division d’infanterie peu après. En 1995, il est nommé au grade le lieutenant-général par Benazir Bhutto Premier ministre à l’époque, puis, en octobre 1998, à celui de général. C’est également à cette date qu’il est nommé chef d’état major de l’armée de terre. Le 9 avril 1999, le Premier ministre de l’époque, Nawaz Sharif, le nomme chef d’état-major de l’armée en remplacement de Jehangir Karamat, Nawaz Shariz pensait qu’il ne serait pas en mesure de se créer une base forte au sein de l’armée, n’étant pas punjabi.

Coup d’État

Le printemps et l’été 1999 sont le théâtre de violents combats qui opposent au Cachemire l’armée indienne à l’armée pakistanaise soutenue par des groupes islamistes pakistanais infiltrés en territoire indien. Inquiets en raison de l’escalade du conflit entre deux puissances nucléaires, les États-Unis convoquent à Washington M. Sharif et l’obligent à arrêter l’offensive au moment où l’armée indienne commençait à prendre le dessus. Ce désaveu est très mal vécu par l’armée pakistanaise qui voulait internationaliser la crise. Elle pense également que M. Sharif ne résistera pas à de nouvelles pressions de la communauté internationale sur la question du nucléaire pakistanais et qu’il pourrait signer le traité d’interdiction des essais nucléaires.

Le 12 octobre 1999, Pervez Moucharraf renverse, sans effusion de sang, le régime de Nawaz Sharif qui voulait le remplacer à la tête de l’armée par le chef de l’Inter-Services Intelligence (ISI), Kwaja Ziouddine. Il entend incarner le « recours susceptible de restaurer l’ordre et la dignité du Pakistan ».L’annonce du retour des militaires au pouvoir ne provoque aucune manifestation. Pervez Mouharraf obtient même le soutien de l’élite libérale et occidentalisée et de la « société civile ».

Le général Moucharraf met rapidement entre parenthèses la Constitution, suspend toutes les assemblées et démet de leurs fonctions les gouvernements provinciaux. Mais, le président de la République reste en place et la loi martiale n’est pas promulguée, ce qui permet notamment à la presse de travailler librement.

Entre décembre 2000 et juillet 2001, le pouvoir organise des élections locales « non partisanes », c’est-à-dire sans les partis politiques. Pour l’organisation International Crisis Group, ces élections, par « leur nature apolitique (ont) exacerbé les divisions ethniques, tribales et de caste, et saper la cohérence organisationnelle des partis politiques. La décentralisation s’est révélée n’être en fait guère plus qu’un prétexte à un contrôle centralisé accru sur les échelons inférieurs du gouvernement ».

Le tournant du 11 septembre 2001

Le Pakistan est rattrapé les attentats du 11 septembre 2001 qui mettent en évidence ses liens avec les taliban et al-Qaïda. Pervez Moucharraf décide alors de se ranger aux côtés de l’administration Bush dans son combat contre le terrorisme. Mais, son impopularité ne fait que croître et ses opposants le surnomment « Busharraf », pointant ainsi son alignement sur le président américain. Dans son autobiographie In the Line of Fire (publiée en 2003), il tente de justifier sa décision en affirmant que le secrétaire d’État adjoint de l’époque, Richard Armitage, avait menacé de ramener le Pakistan « à l’âge de pierre » si le président pakistanais ne se rangeait pas aux côtés de Washington.

En outre, depuis cette date, Islamabad est régulièrement accusé de duplicité, à la fois sur le plan intérieur (absence de réformes des écoles coraniques considérées comme le berceau de l’extrémisme, soutien maintenu à des organisations terroristes actives au Cachemire) et extérieur (volonté de mettre en place un gouvernement ami à Kaboul, y compris en soutenant les néotaliban).

En 2002, des élections législatives considérées par beaucoup comme truquées permettent de réduire le poids des partis séculiers (PPP de Benazir Bhutto et PML de Nawaz Sharif) au bénéfice de la MMA, coalition de partis fondamentalistes.

En 2004, sous la pression de Washington, l’armée pakistanaise intervient dans la zone tribale, principalement dans les agences du Waziristan, pour y déloger les taliban et leurs sympathisants locaux. Deux ans plus tard, l’armée se retire après avoir essuyé de lourdes pertes. Durant la même période, les forces de sécurité affrontement une rébellion autonomiste dans la province du Baloutchistan.

Par ailleurs, il réchappe à deux tentatives d’attentat le 14 et 25 décembre 2005.

2007, annus horribilis

Tout commence le 9 mars avec la décision du président Moucharraf de limoger le président de la Cour suprême, le juge Chaudhry. Officiellement, le pouvoir l’accuse d’abus de pouvoir et de népotisme. Le juge Chaudhry s’était opposé au gouvernement sur deux dossiers importants : la privatisation de la compagnie sidérurgique Pakistan Steel Mills et les disparitions dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Cette décision allait provoquer un mouvement de protestation sans précédent de la société civile, monde judiciaire en tête, relayée par l’opposition. Dès le 10 mars, des milliers d’avocats descendent dans les rues et manifestent devant les tribunaux pour protester contre le renvoi du président de la Cour suprême. Le juge Chaudrhy, qui sillonne le pays, devient l’icône de la lutte contre le régime militaire et de l’état de droit. Ses déplacements donnent lieu à d’impressionnantes scènes de liesse populaire.

Le 12 mai, le juge Chaudhry est attendu à Karachi. Mais, le parti qui contrôle la ville portuaire, le MQM, mouvement représentant les Mohadjir et allié au président Moucharraf, s’attaque au partisan du juge. Quarante-trois personnes sont tuées. Finalement, Pervez Moucharraf cède et réinstalle le juge Chaudhry le 20 juillet.

Sur le front sécuritaire, l’année a également été éprouvante. Du 3 au 11 juillet, le pays a vécu au rythme de l’assaut de la mosquée Rouge (Lal Lasjid) d’Islamabad qui a fait 173 morts. Situé en plein cœur de la capitale, ce bastion de l’islamisme a pu prospérer et lancer des campagnes violentes de moralisation (enlèvement de prostituées chinoises et de policiers) pendant plusieurs mois sans subir les foudres du pouvoir.

Les événements de Lal Masjid ont mis un terme à la trêve entre le gouvernement et les combattants islamistes des zones tribales. Dans les jours qui ont suivi l’assaut, le pays a été la cible d’un vague d’attentats-suicides. Puis, les combats ont repris dans la zone tribale frontalière de l’Afghanistan.

Le retour de la violence s’accompagne d’importantes tensions politiques liées aux élections présidentielles et législatives. Le 10 septembre, la Cour suprême autorise l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif à mettre un terme à son exil et à rentrer au Pakistan. Mais, il est immédiatement expulsé par le régime qui se montre plus conciliant avec un autre ancien Premier ministre, Benazir Bhutto. En effet, le gouvernement annonce que les charges de corruption pesant sur elle et son mari sont annulées.

Le 6 octobre, Pervez Moucharraf s’est fait réélire à la présidence par le Parlement et les assemblées provinciales sortantes. Mais craignant un verdict défavorable de la Cour suprême qui devait rendre une décision sur son éligibilité, il prononce le 3 novembre l’état d’urgence.







 

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