Le film :
En 2006, l’actrice Marianne Denicourt se rend en Afghanistan afin de réaliser un film pour l’association "Afghanistan Demain", qui scolarise les enfants défavorisés des quartiers pauvres de Kaboul.
Au milieu des garçons et des filles qui apprennent à lire, sa caméra est attirée par le regard triste et magnétique d’une enfant qui semble adulte avant l’âge.
Nassima a neuf ans et la peur se lit dans ses yeux.
Un matin, elle remet son cartable à la directrice : « Je ne viendrais plus à l’école, mon mari vient me chercher demain… »
On apprend que la petite a été mariée à un homme qu’elle ne connaît pas. Son propre père, veuf et remarié, a négocié ce mariage il y a plusieurs années en échange de sa nouvelle femme, elle-même âgée de quinze ans.
Les membres de l’association vont se battre pour que Nassima ne soit pas mariée de force. Ils vont rencontrer sa famille, celle du futur époux, faire appel aux autorités… Le reportage raconte tout, de l’intérieur, même les enjeux les plus intimes lorsqu’on demande au père s’il accepte que sa fille ait des rapports sexuels à l’âge de neuf ans. Miraculeusement, Marianne Denicourt pourra tout filmer.
C’est un témoignage poignant de l’affrontement entre la modernité et la tradition, le progrès et les archaïsmes, la liberté individuelle et l’honneur ancestral. L’histoire de Nassima devient ainsi une allégorie de l’Afghanistan d’aujourd’hui, un pays à la croisée des chemins. Un film aussi qui se refuse à juger d’une pièce et dont de nombreux clichés ressortent écornés.
Marianne Denicourt a réalisé ce reportage au sein de Premières Lignes, l’agence de presse créée par Paul Moreira, l’ancien responsable de l’émission d’investigation « 90 minutes ».
La réalisatrice :
« J’ai rencontré Nassima alors que j’étais à Kaboul pour réaliser un documentaire sur Afghanistan Demain, l’association qui s’occupe de la scolariser. Touchée par le travail de cette association et parce que je suis amie avec Ehsan Merhangais, son fondateur, je souhaitais faire un film qui témoignerait de ce travail. Quand Nafissa, l’assistante sociale, a appelé Ehsan pour lui dire la situation urgente dans laquelle était la petite, c’est tout naturellement qu’il m’a demandé de l’accompagner et de filmer la situation.
Comme j’étais seule (sans équipe), étrangère et femme, ma présence a été acceptée et rapidement oubliée. J’ai pu être un témoin discret et attentif, au coeur d’un drame. Je me suis délibérément placée du côté des gens que je filmais, assise par terre avec eux, près des visages, des gestes, des détails. En tant que femme, dans un pays où l’idée qu’on se fait de leurs droits est catastrophique, j’ai essayé, avant de juger ou de m’indigner, de comprendre.
Dans une telle situation, en faisant attention à chacun des protagonistes, je suis frappée par une évidence : ce ne sont pas des responsabilités individuelles qui sont en jeu, mais le système archaïque d’une société victime de ses traditions. Le père, le beau-père, la tante de Nassima sont traversés par des engagements ancestraux, ils ne sont pas délibérément en train d’exercer un acte de cruauté. Paradoxalement la fillette contrainte au mariage craint elle-même une vengeance violente à l’encontre de son père.
Les dialogues des personnages et le cours des évènements suffisent à comprendre les enjeux. L’arrivée dans le lieu symbolique du commissariat, soi-disant garant d’une loi plus moderne, ne règle rien : on retourne ensuite dans la réalité de l’avenir de Nassima. Je suis resté dans cette proximité avec les personnages et la tragédie évidente du destin auquel la petite est vouée.
Au montage j’ai voulu rester pudique sur la détresse de cette enfant, éviter la fascination du pire, tout comme l’indignation simpliste qu’une représentation manichéenne encouragerait. »
Nassima, une vie confisquée - Le jeudi 31 janvier 2008, 20h.50, France 2, « Envoyé Spécial »


