Ahmadzaï Wazir de la sous-tribu Yargokhel, Nek Mohammad (1975-2004) a combattu les forces de sécurité pakistanaises entre mars et juin 2004 dans l’agence semi autonome du Sud-Waziristan.
Nek Mohammad est né en 1975 dans une famille de paysans pauvres de la région Kalosha. Son père, Nawaz Khân, cultivait la terre avec l’aide de ses quatre fils. Il avait également hérité d’une charge lui donnant le droit de distribuer les allocations gouvernementales dans le cadre du système nikat.
Dans les années 1980, Nek Mohammad intégra l’une des nombreuses écoles coraniques de l’agence du Sud-Waziristan. Véritable base arrière de la résistance afghane à l’invasion soviétique, le Sud-Waziristan accueillait des moudjahidine afghans, des combattants arabes et des agents des services secrets pakistanais et américains. Les Arabes finançaient la construction d’abris en dur, dans les régions de Shakhaï et Nawe Ada, et une multitude d’écoles coraniques.
C’est l’une d’elles qui accueillit Nek Mohammad. La Jamia Dar-ul Uloom Waziristan était dirigée par Maulana Noor Mohammad, un religieux affilié à la Jamiat-e Ulema-e Islam de Fazl-ur Rahman.
Selon un de ses professeurs, Nek Mohammad n’a jamais fait preuve de solides qualités intellectuelles. En revanche, les traits de son caractère s’affirmèrent. Il montra sa détermination et son obstination au cours d’un événement qui déboucha sur son exclusion temporaire de l’école.
Rendu furieux par un événement dont personne ne se souvient aujourd’hui, Nek Mohammad refusa de réciter ses leçons. Conformément aux pratiques en vigueur dans l’école, son professeur, Maulana Deen Mohammad, commença à le frapper avec un bâton. Nek Mohammad s’obstina dans son refus, ce qui rendit furieux le professeur qui se mit à lui donner des coups dans les côtes et les hanches. Offensé, Nek Mohammad rassembla ses affaires et rentra chez lui. Tout le monde craignait de le voir revenir avec une arme et tirer sur le Maulana. En fin de copte, la médiation des « barbes blanches » permit un retour au calme et Nek Mohammad fut réintégré.
Contrairement à beaucoup d’autres établissements religieux, la Jamia Dar-ul Uloom Waziristan enseignait des matières générales. Ainsi, Nek Mohammad eut la possibilité de passer l’examen de fin d’études. À ce stade, les sources divergent. Certains affirment qu’il quitta le séminaire pour suivre des cours à Dera Ismaïl Khân et qu’il ne parvint pas à obtenir le certificat de fin d’études. Dans une interview, Nek Mohammad a, pour sa part, affirmé avoir réussi l’examen et obtenu une place dans une université de Quetta, grâce au soutien politique du parti politique Pakhtunkhwa Milli Awami. Toutefois, il ne s’assit pas sur les bancs de l’université, préférant le djihâd en Afghanistan et les taliban aux amphithéâtres de la capitale de la province du Baloutchistan.
Avant de rejoindre les taliban, Nek Mohammad fut impliqué dans une affaire de vol de voiture et tenta, sans succès, de monter un commerce à Wana.
C’est une de ses connaissances qui l’aida à trouver sa voie. Il sympathisa avec Mohammad Gôl, un membre de la tribu Kharoti originaire du Sud de l’Afghanistan qui vivat dans le camp de réfugiés de Ziar-e Nour, à proximité de Wana. Mohammad Gôl, qui recrutait des combattants pour le compte des taliban, lui proposa de se joindre à lui.
Nek Mohammad se battit aux côtés de Mohammad Gôl et se distingua sur les champs de bataille d’Afghanistan. À la chute de chute de Kaboul en septembre 1996, Mohammad Gôl installa ses hommes dans la base de Kargha, à l’ouest de la capitale afghane. Le complexe militaire, placé sous le commandement de Saif-ur Mansour, se trouvait à proximité du camp de Rishkor utilisé par les différents mouvements liés à al-Qaïda. Ainsi, Nek Mohammad put côtoyer, entre autres, Djalalouddine Haqqani, Riaz Basra (chef le l’organisation antichiite radicale pakistanaise Sipah-e Sahaba), Juma Nanamgani et Tahir Yuldash.
Selon les versions, Nek Mohammad quitta le groupe de Mohammad Gôl pour prendre la tête d’une unité composée de combattants originaires du Waziristan. Pour d’autres, il prit la suite de Mohammad Gôl à sa mort.
Qui qu’il en soit, à la fin des années 1990, il commandait une unité de 3 000 miliciens du Waziristan qui combattit le Front uni de feu le commandant Massoud sur les fronts de Bagram, à l’entrée du Panjsher, à Mazâr-e Sharif, à Bâmiyân et dans les provinces de Badghis (Nord-Ouest) et Takhar (Nord-Est).
Au combat, Nek Mohammad n’abandonnait jamais une position, même lorsque l’ordre de repli provenait de sa hiérarchie. Ce comportement lui valut le surnom de bodogay (irréfléchi, têtu). Toutefois, il comprit en novembre 2001 sur le front de Bagram que les combattants de Massoud allaient s’entendre avec les taliban afghans sur le dos des combattants étrangers, et s’enfuit.
En mars 2002, des centaines de combattants étrangers furent contraints de quitter leur repère de Shahikot attaqué par l’armée US. Commandés par Saif-ur Mansour , ils se mirent en quête d’une voie de sortie. Nek Mohammad, qui était rentré à Wana, leur porta secours et les étrangers affluèrent dans l’agence du Sud-Waziristan.
En l’absence d’un leadership fort, les commandants locaux commencèrent à se placer dans la course aux fonds arabes. Nek Mohammad était en concurrence avec les groupes dirigés par le mollah Nazir (qui compte dans ses rangs deux frères – Mohammad Sharif et Nour Islam – le mawlawi Nour Abbas) et par le commandant Javed.
La pression exercée sur les tribus locales par l’armée pakistanaise pour qu’elles expulsent les combattants étrangers ressouda les différentes factions. Néanmoins, c’est Nek Mohammad qui se distingua le plus lors de l’offensive des forces de sécurité pakistanaises dans la région de Kalosha (16-28 mars). Le 16 au matin, il aurait évacué Tahir Yuldash à bord d’un 4X4 blindé.
Son parcours s’acheva le 18 juin 2004 dans l’explosion d’un missile tiré par un drone Predator américain





