Aussitôt après l’arrivée de M. Karzaï dans la tribune, après qu’il eut passé les troupes en revue à l’occasion de la cérémonie militaire organisée pour le seizième anniversaire de la prise de Kaboul par les moudjahidin, les taliban ont ouvert le feu en direction de la tribune officielle à l’aide d’armes légères et de lance-roquettes.
L’attaque a fait six morts. Fazel Rahman Samkanai, parlementaire représentant la province de Paktia (Sud-Est), et le chef du conseil des Qizilbash [1], Nasir Ahmad Latifi, ont été tués par les tirs des assaillants. Fazel Rahman Samkanai se trouvait à seulement trente mètres derrière Hamid Karzaï. Un enfant de dix ans et trois taliban qui se trouvaient dans un immeuble de trois étages à trois cents mètres de la tribune ont été tués par la riposte du service d’ordre. L’immeuble sert de maison d’hôtes à des travailleurs migrants. Huit personnes, dont un parlementaire également originaire de la province de Paktia et trois soldats de l’armée afghane, ont été blessées.
Les taliban pensent être parvenus dimanche à faire la démonstration qu’ils pouvaient frapper en plein cœur de Kaboul, au cours d’une manifestation ultrasécurisée à laquelle assistaient le président Karzaï et de nombreux dignitaires afghans et étrangers qui plus est. « Nous ne visions personne en particulier, nous voulions juste démontrer au monde que nous pouvions frapper où nous voulons », a déclaré le porte-parole des taliban, Zabihôllah Moudjahed.
L’impact médiatique est indéniable d’autant plus que la cérémonie était retransmise en direct et que la revendication des taliban est parvenue aux médias alors que la fumée de l’explosion des grenades se dissipait à peine au pied de la tribune officielle.
De plus, la célébration de la prise de la capitale par les moudjahiddine constitue, avec la fête de l’indépendance, l’occasion pour l’armée afghane de faire une démonstration de force. Équipée et entraînée par les nombreuses troupes étrangères présentes dans le pays, essentiellement américaines, c’est sur cette armée que repose, pour les pays engagés en Afghanistan, une hypothétique sortie de crise. Enfin, les images de militaires et de policiers de la garde d’honneur fuyant la cérémonie ne peuvent que donner qu’une image désastreuse des forces de sécurité afghanes.
Au point négatif : les taliban ont, selon toute vraisemblance, bénéficié de complicités internes. « Nous trouverons d’abord les coupables de l’attaque mais également où le dispositif de sécurité a pêché », a déclaré lundi le ministre de la Défense, le général Abdoul Rahim Wardak. Les forces de sécurité ont « identifié certaines personnes qui ont pu faciliter cet acte de terrorisme », a-t-il assuré.
Toutefois, un diplomate occidental cité anonymement par l’AFP considère l’attaque de dimanche uniquement comme une victoire de la « propagande » des taliban. Selon lui, le dispositif de sécurité a plutôt bien fonctionné : il n’a pas permis aux assaillants de forcer son premier cercle et s’approcher davantage.
Note :
[1] Les Qizilbash (littéralement Têtes rouges) forment un groupe particulier dans la mosaïque ethnique afghane. Il s’agit des descendants des troupes laissées dans la région par Nâdir Châh, souverain perse fondateur de la dynastie des Afsharides durant sa campagne indienne en 1738. Chiites duodécimains, les Qizilbash parlent le dari. Vivants dans les centres urbains, ils constituent un groupe politiquement influent.
Avec AFP, AP et Pajhwok




