L’ISI et les violences en Afghanistan
Le gouvernement afghan « est obligé, face à la politique de violence de l’armée et des services de renseignement pakistanais, et pour le bien de la souveraineté nationale, de suspendre ses rencontres bilatérales et multilatérales », pouvait-on lire dans un communiqué rendu public lundi soir par les autorités afghanes. « Le peuple d’Afghanistan et le monde entier savent bien que les services de renseignements pakistanais ont fait de leur pays le plus grand exportateur du terrorisme, tout particulièrement en Afghanistan », ont écrit les ministres afghans.
Quelques heures plus tôt, un autre communiqué annonçait pourtant le maintien des contacts de personne à personne, Kaboul souhaitant apporter son soutien au gouvernement pakistanais issu des élections législatives du mois de février 2008.
Cette dégradation des relations entre les deux pays intervient alors que les deux pays se sont lancés dans une guerre des mots. En avril, le président Karzaï avait accusé le Pakistan d’être impliqué dans la tentative d’assassinat dont il a été la cible au cours de la cérémonie marquant l’anniversaire de la libération de Kaboul pour les moudjahidine. Le mois dernier, Karzaï avait menacé d’envoyer des troupes en territoire pakistanais pour y combattre les taliban locaux si Islamabad n’agissait pas plus contre eux.
Lundi, Hamid Karzaï a accusé l’ISI, les services de renseignements militaires pakistanais, d’être « responsables de la violence, des meurtres et des destructions qui affectent l’Afghanistan ». M. Karzaï considère que l’ISI est responsable des dernières violences qui ensanglantent l’Afghanistan : attentat-suicide contre l’ambassade d’Inde la semaine dernière (58 morts), assassinat samedi de deux femmes dans la province afghane de Ghazni et attentat-suicide dimanche dans la province d’Ourouzgân ( 24 morts).
Le Pakistan a rétorqué que ces accusations étaient « sans fondement » et avaient créé une « crise artificielle » qui allait nuire aux relations bilatérales. Le Premier ministre « condamne fermement les déclarations du président afghan selon lesquelles le Pakistan est impliqué dans une série d’attaques terroristes en Afghanistan », a-t-il indiqué dans un communiqué. « Les responsables afghans ne devraient pas faire de telles déclarations, qui vont porter atteinte au processus de développement dans la région », a-t-il poursuivi.
Critique de la politique des accords de paix
Kaboul critique également la stratégie du nouveau gouvernement qui consiste à signer des accords de paix avec les militants islamistes des zones tribales. « L’une des causes principales de la détérioration de la sécurité (en Afghanistan) est la trêve de facto qui prévaut dans les zones tribales de l’autre côté de la frontière », a déploré M. Spanta, ministre afghan des Affaires étrangères, lors d’un débat au Conseil de sécurité sur la situation dans son pays qui s’est déroulé mercredi dernier.
« L’ennemi terroriste auquel nous faisons face est soutenu par une série complexe de réseaux et d’infrastructures et ne peut donc pas être défait uniquement par des opérations militaires en Afghanistan », a-t-il poursuivi. « Des sanctuaires terroristes et un système complexe de financement, recrutement, armement et entraînement de candidats à l’attentat suicide sont en place hors de nos frontières », a ajouté M. Spanta. « Le succès contre le terrorisme ne peut venir que d’une approche cohérente, intégrée, régionale et globale », a-t-il conclu.
La semaine dernière, les autorités pakistanaises ont conclu un pacte de non-agression avec Mangal Bagh, leader islamiste actif dans l’agence de Khyber, en vertu duquel il renonce à mener des incursions dans Peshawar, capitale de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), à créer des camps d’entraînement et à mettre sur pied une administration parallèle.
En contrepartie, les forces de sécurité se retireront de la région de Khyber, où elles avaient lancé une offensive fin juin qui s’est soldée par la destruction de douze repaires rebelles et l’arrestation de 32 commandants, selon les chiffres communiqués par le Premier ministre pakistanais, Youssouf Reza Gilani.

- Ruines de la maison de Mangal Bagh détuite par les forces de sécurité pakistanaises
Photo prise le 29 juin 2008.
Crédits : AFP/Tariq Mahmood
Au même moment, quatre paramilitaires étaient été tués et trois autres blessés dans une embuscade dans l’agence de Khyber. Mangal Bagh a démenti l’implication de ses hommes et juré de punir les coupables. Deux autres factions islamistes sont à l’œuvre dans cette région qui est vitale pour les troupes étrangères déployées en Afghanistan, l’essentiel de leur matériel y transitant.
Le régime du président Moucharraf, avant d’être laminé lors des élections législatives, avait signé deux pactes analogues dans la région du Waziristan. Selon l’Otan, ces accords se sont traduits par une accentuation des raids en territoire afghan alors que le Waziristan passait sous la coupe des islamistes.
Pour preuve du sentiment d’impunité qui anime les taliban pakistanais, au moins 200 militants armés ont, le 9 juillet, encerclé le poste de police de la localité de Doaaba, dans la NWFP, où étaient détenus sept islamistes, dont Rafiuddin, un des lieutenant de Baïtôllah Meshoud, chef des taliban pakistanais. Le lendemain, les taliban ont pris onze soldats et fonctionnaires en otages avant de détruire le poste de police.
Samedi, des taliban ont tendu une embuscade à un convoi militaire qui se rendait à Hangu. « Au moins 15 soldats dont un officier ont été tués dans l’attaque », a dit un membre du gouvernement local.
Les forces de sécurité ont répliqué en attaquant des positions des taliban dans cette zone montagneuse, proche de l’Afghanistan. « On nous dit que trois militants ont été tués et 10 blessés au cours des tirs de représailles », a ajouté le haut responsable de la sécurité.
AFP, Reuters et Bloomberg





