« Nous n’avons pas choisi ces voisins », plaisante l’ambassadeur d’Afghanistan aux États-Unis, Sayyid Tayeb Jawad, en passant un pointeur laser sur les contours d’une carte de son pays natal. Mercredi dernier, il s’est adressé à une assemblée composée d’officiels, d’universitaires et de journalistes. Lorsqu’il a été interrogé sur l’influence dont jouit aujourd’hui l’Iran en Afghanistan, il n’a plus plaisanté. « L’Iran est devenu une puissance de plus en plus hostile », a-t-il affirmé.
Téhéran de retour dans sa zone d’influence traditionnelle
Les agents des services de renseignements iraniens achètent l’allégeance de chefs tribaux dans l’ouest de l’Afghanistan, selon un responsable du Département d’État qui s’est confié, sous le couvert de l’anonymat, à l’hebdomadaire américain. Ils entendent rappeler aux chefs coutumiers que « les Américains pourraient être (en Afghanistan) pour 10 ou 20 ans alors qu’ils sont là pour l’éternité », a-t-il déclaré.
Livraison d’armes aux insurgés
En 2007, « les troupes de l’Otan et l’armée américains ont intercepté des livraisons d’armes de conception iranienne en Afghanistan, dont des mortiers, des pains de plastique et des explosifs à charge creuse qui ont été utilisés avec des effets meurtriers contre des véhicules blindés en Irak », déclarait en janvier dernier l’ambassadeur américain en Afghanistan, William Wood.
« Il ne fait aucun doute que des éléments de l’insurrection aient reçu des armes d’Iran », estime le responsable du Département d’État. « La première cache d’armes fabriquées en Iran remonte au mois d’avril. L’Iran fait plus que ramener l’ouest de l’Afghanistan dans sa sphère d’influence », ajoute-t-il.
Le retour forcé des réfugiés
Au cours des derniers mois, l’Iran a expulsé 130 000 réfugiés afghans qui vivent sur son sol. Ce retour massif que l’Afghanistan n’est pas en mesure d’absorber, a « provoqué une pénurie de logements et de nourriture au moment où l’hiver rigoureux s’installait », rappelle l’hebdomadaire. Cette crise a également coûté son poste au ministre des Réfugiés et a affaibli le ministre des Affaires étrangères, Rangin Dadfar Spanta.
Le président afghan, Hamid Karzaï, a demandé à son homologue iranien de mettre un terme aux expulsions. Mahmoud Ahmadinejad a répondu favorablement à cette requête. Mais, il a « rappelé au gouvernement du président Hamid Karzaï l’ampleur du chaos qui pouvait venir de son puissant voisin occidental », estime Time Magazine. Le retour forcé des réfugiés « était clairement destiné à envoyer un message aux Afghans de mécontentement en raison de leur relation avec les États-Unis », selon le diplomate du Département d’État.
Avec TIME

