Pakistan – Élections 2008

Quelles options pour le président Moucharraf ?

Bassirat.net

mardi 19 février 2008

« C’est le moment de vérité pour le président », estime Abbas Nasir, éditorialiste au quotidien Dawn. La déroute de son parti, la Ligue musulmane pakistanaise Quaid E Azam (PML-Q), assombrit son horizon politique même si le général dispose encore de quelques cartes dans sa manche.

Le rejet est sans appel. Pervez Moucharraf va devoir affronter une assemblée nationale composée aux deux tiers de députés de cette opposition qu’il n’a eu de cesse d’affaiblir depuis 1999 en favorisant les scissions en son sein et en mettant ses leaders en exil ou en prison.

La barre des deux tiers de députés est capitale car elle ouvre la voie à un rétablissement de la Constitution et d’une annulation des ordonnances prises par le président pour assurer sa position après la levée de l’état d’urgence.

Plusieurs dignitaires du parti pro-Moucharraf ont essuyé des revers cinglants. Président du parti et ancien Premier ministre, Chaudhry Shujaat Hussain n’est pas parvenu à se faire réélire dans son bastion de Gujrat, dans la province du Pendjab. Il a été battu par un candidat du Parti du peuple pakistanais. Pilier essentiel du pouvoir de M. Moucharraf, le clan Chaudhry, des barons de l’industrie, est l’un des plus puissants du pays. D’autres personnalités considérées comme des hommes du président ont également été balayées. Au final, la PML-Q ne pourra compter que sur trente-sept députés à l’assemblée nationale.

Le parti perd également le contrôle de la province du Pendjab, la plus peuplée du pays, qui passe aux mains de la Ligue musulmane pakistanaise de Nawaz Sharif.

Que peut faire le président Moucharraf ?

L’ampleur de la défaite de son parti s’apparente à un référendum contre sa personne. Il est néanmoins peu probable que M. Moucharraf accepte de quitter le pouvoir après avoir tout mis en œuvre pour s’y maintenir.

Cependant, il n’est plus en position de peser sur la composition du nouvel attelage qui prendra les rennes du pays. La faiblesse du score de PML-Q rend illusoire une coalition avec le Parti du peuple pakistanais (PPP), scénario qui avait les faveurs de Pervez Moucharraf mais également de Washington qui avait œuvré pour une alliance entre Mme Bhutto et M. Moucharraf.

L’un de ses alliés, le Muttahida Qaumi Movement (MQM) a annoncé qu’il envisageait une alliance avec le PPP et une sortie en douceur de l’ère Moucharraf. Si la nouvelle majorité peut « travailler (avec Moucharraf) pendant deux ans et si à ce moment-là on peut lui offrir honorable, je pense qu’il s’agirait du meilleur pari pour le futur du Pakistan », a estimé M. Sattar.

En outre, l’armée semble avoir lâché son ancien chef d’état-major. À plusieurs reprises au cours des dernières semaines, des généraux et des amiraux à la retraite ont publiquement appelé M. Moucharraf à démissionner.

Son successeur, le général Ashfaq Pervez Kayani, veut ramener les militaires dans les casernes. Depuis son accession au pouvoir, Pervez Moucharraf a placé des militaires dans les différentes administrations du pays. Ils seraient aujourd’hui plus de 300 à travailler dans plusieurs ministères et administrations. Mais leur temps est compté. Comme celui de Pervez Moucharraf ?

Avec Agences et Le Monde








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