Pakistan – situation sécuritaire

Rupture des négociations entre le gouvernement et le Tehrik-e taliban Pakistan

Bassirat.net

mardi 29 avril 2008

Au grand dam de Washington, le gouvernement pakistanais a fait état la semaine dernière de la préparation d’un accord de paix avec le Tehrik-e Taliban Pakistan, mouvement des taliban du Pakistan dirigé par Baîtôllah Mehsoud. Alors qu’on s’acheminait vers un accord, Baîtôllah a annoncé lundi la rupture des négociations.

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Taliban pakistanais dans l’agence de Bajaur en mars 2008
Crédits : AFP

Issue des élections législatives du 18 février dernier, la coalition qui dirige le Pakistan souhaite prendre le contre-pied de la politique adoptée par le président Moucharraf dans la zone tribale. L’option militaire est en passe d’être abandonnée au profit d’un dialogue avec les taliban pakistanais.

« Nous progressons rapidement vers un accord de paix avec le Mouvement des taliban du Pakistan », a déclaré la semaine dernière à l’AFP un haut responsable des services de sécurité, sous couvert de l’anonymat, invoquant des « négociations indirectes ».

Le principal porte-parole du Tehrik-e taliban Pakistan, le mawlawi Omar, a confirmé à l’AFP par téléphone que « des négociations étaient en cours avec le gouvernement ». « Des étapes importantes ont été franchies, les deux parties ont accepté la plupart des demandes de l’autre, nous espérons une annonce positive dans quelques jours », a commenté le religieux.

Le contexte a été également rendu favorable aux négociations en raison de la libération, le 21 avril, du maulana Sufi Mohammad en échange de son renoncement à la violence et de son engagement à rétablir la paix dans la vallée de Swat.

Fondateur du Tehrik Nifaz-e-Shariat Mohammadi (Mouvement pour l’instauration de la loi islamique), il avait été arrêté en 2002 à son retour d’Afghanistan, où il avait conduit environ 10 000 pashtounes pakistanais au combat contre l’armée américaine dans le nord du pays, dont près de la moitié à la mort.

Son gendre, le maulana Fazlôllah, a repris le flambeau de la lutte pour l’instauration de la sharia. C’est lui qui a dirigé les militants islamistes qui ont brièvement contrôlé la vallée de Swat.

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Sufi Mohammad en 1994
Crédits : AFP

Deux jours après la libération du maulana Sufi Mohammad, Baîtôllah Mehsoud, qui est accusé de l’assassinat, le 27 décembre 2007, de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto, a appelé, par voie de tract, ses combattants à cesser le feu. Le tract menace ceux qui violeront les ordres de Mehsoud de punitions sévères. Ils seront notamment « pendus sur la place publique par les pieds », lit-on dans le tract.

Le texte de l’accord en discussion entre les taliban et le gouvernement était même publié par Roznama Jang, journal en ourdou publié à Londres. En voici les quinze points. Il est à noter que les activités transfrontalières du Tehrik-e Taliban Pakistan ne sont pas évoquées.


- 1 : le gouvernement et les forces de sécurité ne prendront pas pour cibles la tribu Mehsoud et ne détruiront pas leurs biens.

- 2 : la tribu Mehsoud ne kidnappera pas les représentants du gouvernement ou les militaires.

- 3 : la tribu Mehsoud rouvrira les routes afin de permettre aux forces paramilitaires de circuler librement.

- 4 : la tribu Mehsoud est responsable de la non-participation de ses membres dans des activités terroristes sur l’ensemble du territoire pakistanais.

- 5 : la tribu Mehsoud n’aidera et n’abritera pas sur ses terres quiconque cherchera à s’engager dans des activités terroristes. Elle n’utilisera pas non plus ses terres pour des activités liées au terrorisme.

- 6 : la tribu Mehsoud ne mettra pas sur pied une administration parallèle et ne défiera pas l’autorité du gouvernement.

- 7 : l’agent politique réglera les différends de la tribu en vertu des coutumes et traditions tribales et du Frontier Crimes Regulation (FCR) et ceci sera admis par la tribu Mehsoud.

- 8 : la tribu Mehsoud expulsera tous les étrangers présents sur ses terres et ne permettra pas qu’elles soient utilisées comme refuge par les militants.

- 9 : Au plus un mois après la signature de cet accord, l’expulsion de tous les étrangers commencera.

- 10 : la tribu Mehsoud ne fera pas obstruction au progrès régional et apportera son soutien au gouvernement dans la réalisation de programmes de développement.

- 11 : la tribu Mehsoud est responsable de la protection des officiels pakistanais et étrangers travaillant dans des programmes étatiques de développement dans la région.

- 12 : l’administration politique et la tribu Mehsoud publieront conjointement des rapports sur la probabilité de la présence de camps d’entraînement pour les militants et pour la préparation d’attaques terroristes.

- 13 : Si la tribu Mehsoud échoue a éliminer les soupçons sur l’entraînement de militants dans la région, le gouvernement aura le droit de prendre des mesures en accord avec la tradition et les coutumes tribales et le FCR.

- 14 : un échange de prisonniers entre les deux parties aura lieu après la signature de l’accord. Le gouvernement libérera tous les prisonniers appartenant à la tribu Mehsoud.

- 15 : les troupes gouvernementales commenceront la phase de retrait des terres de la tribu Mehsoud après la signature de l’accord.


Mais, lundi, Baîtôllah Mehsoud a annoncé la rupture des négociations tout en maintenant un cessez-le-feu. Selon le mawlawi Omar, le gouvernement « refuse de retirer ses troupes des zones tribales », forçant Baîtôllah Mehsoud à rompre les négociations. « Les talibans maintiennent leur cessez-le-feu mais avertitissent que si le gouvernement lance une quelconque action, leurs combattants riposteront », a déclaré le porte-parole.

La nouvelle va rassurer Washington qui n’avait pas manqué de s’inquiéter de la perspective d’un accord avec un groupe proche d’al-Qaïda. Mercredi dernier, la Maison Blanche s’est dite « inquiète » d’un possible accord de paix entre le gouvernement pakistanais et les taliban, et a dit attendre d’Islamabad qu’il continue à « combattre les terroristes ». « Nous sommes inquiets et ce que nous les encourageons à faire, c’est de continuer à combattre les terroristes et de ne perturber aucune opération de sécurité ou opération militaire qui serait en cours pour empêcher que les terroristes ne se créent un refuge » au Pakistan, a dit la porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino.

L’administration Bush considère que la stratégie des accords de paix privilégiée par Pervez Moucharraf entre 2005 et 2007 n’a abouti qu’au renforcement des bases arrière d’al-Qaïda et des taliban afghans dans les zones tribales.

Avec AFP et Roznama Jang








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