Au cours d’une semaine passée dans la province de Helmand, le Daily Telegraph a découvert de nombreuses preuves montrant que les opérations des forces spéciales dégradent la direction des taliban et sa capacité à coordonner des opérations.
Mais il y a également des indications d’une plus grande radicalisation au sein des taliban, des combattants plus extrémistes, la plupart des étrangers affiliés à al-Qaïda, comblant le vide laissé par les chefs taliban expérimentés lorsqu’ils sont éliminés.

- Combattant tâleb capturé dans la province de Zâbol
- Photo prise le 22 mars 2008. Crédits : REUTERS/Goran Tomasevic
En privé, des responsables militaires occidentaux reconnaissent qu’environ 200 combattants taliban de haut niveaux et de rang intermédiaire ont été tués l’an dernier dans le pays lors de bombardements ciblés et d’assassinats par les forces spéciales américaines et britanniques. Une centaine d’autres a également été capturée.
Faisant appel à des intermédiaires locaux, le Daily Telegraph a pu rencontrer deux commandants taliban de niveau intermédiaire dans le chef-lieu de la province, Lashkar Gah. Les deux ont affirmé que les taliban étaient recrutés de plus en plus en dehors de la province et que la chaîne de commandement devenait moins lisible.
« Il y a beaucoup de petits commandants à l’heure actuelle », a affirmé l’un d’eux, un vétéran qui combat depuis plusieurs années alors qu’il n’a pas atteint la trentaine. Il a affirmé que les changements sont intervenus avec la mort du mollah Dadôllah, le commandant responsable de tout le sud de l’Afghanistan qui a été tué en mai dernier par le Special Boat Service (unités des forces spéciales de la Royal Navy) « Aujourd’hui, après la mort de Dadôllah, nous avons une devise : tout le monde est devenu un Dadôllah », a-t-il expliqué d’une voix teintée d’intonations arabes qui caractérisent les combattants taliban entraînés dans les écoles coraniques pakistanaises.
Il prédit une victoire des taliban en Afghanistan avant qu’ils ne se concentrent sur l’imposition de la loi coranique au Pakistan. « Il ne peut pas y avoir de négociation avec l’Occident. Il s’agit d’une guerre sainte à l’échelle de la planète », menace-t-il.
L’autre commandant tâleb, que le Daily Telegraph a rencontré séparément, était plus âgé. Il a déclaré que les commandants taliban se gardaient de devenir des « grands noms », ce qui ferait d’eux des cibles.
Des sources militaires occidentales rapportent que les attaquent des taliban sont devenues moins coordonnées au cours des derniers mois. « Les taliban ont perdu un si grand nombre de commandants, mais ce n’est pas comme perdre un général britannique et ses trente ans d’expérience », nuance Hâdji Mohammad Anwar, qui appartient au conseil de la province de Helmand. « Quiconque sort demain d’une école coranique est un grand commandant », dit-il.
Les forces britanniques et afghanes n’exercent une influence significative que sur six des treize districts de la province de Helmand. Beaucoup d’habitants de la province considèrent que la sécurité est meilleure des les districts tenus par les taliban, grâce à l’imposition des punitions prévues par la loi coranique, comme l’amputation des mains pour les voleurs.
Toutefois, des signes indiquent que les vues pures et dures des taliban les mettent en difficulté avec la population. « Si nous sommes trop durs à l’égard des communautés nous nous apercevons qu’il est difficile pour nous de survivre », admet le commandant plus âgé. Il affirme que des personnalités plus pragmatiques militent pour l’ouverture d’écoles et pour le lancement de travaux de reconstruction.
Mais, de tels efforts rencontrent l’opposition des combattants de plus en plus extrémistes qui arrivent dans la province de Helmand. Comme on l’a vu avec al-Qaïda en Irak, les groupes terroristes islamistes s’aliènent progressivement le soutien des populations locales à cause de leur radicalité. « Les nouveaux taliban sont vraiment émotifs. Ils sont très impulsifs. Ils sont accros à la guerre », déclare le commandant plus âgé.
Ce texte est la traduction d’un article publié le 24 mars par The Daily Telegraph


