
- Scène d’un attentat-suicide à Kandahâr
- Photo prise le 12 mars 2008. Crédits : AP Photo/Allauddin Khan
Une intensification des violences en 2007
L’année 2007 a incontestablement connu une augmentation des violences. « Quelque 566 incidents ont été enregistrés en moyenne tous les mois en 2007, contre 425 l’année précédente », affirme le rapport. 8 000 personnes ont perdu la vie en 2007 dans des violences liées à l’insurrection, dont plus de 1 500 civils, d’après les estimations des Nations unies.
Contrairement à l’Irak, les violences ne concernent pas l’ensemble du territoire. « Grosso modo, l’Afghanistan reste divisé entre l’ouest et le nord, d’une part, qui sont généralement plus stables et où les problèmes de sécurité sont liés au factionnalisme et à la criminalité, et le sud et l’est, d’autre part, où l’insurrection est de plus en plus coordonnée », souligne le texte.
Selon le rapport, l’activité de la rébellion est très localisée. « Même dans le sud du pays, le conflit est relativement circonscrit puisque 70 % des incidents relatifs à la sécurité se sont produits dans 10 % des districts afghans (soit 40), où la population ne représente que 6 % de la population nationale ».
Mais, l’ONU s’inquiète d’une probable extension du conflit. « Les rebelles commencent à mener des activités à l’extrémité nord-ouest du pays, région précédemment calme, et à s’infiltrer dans les provinces de Logar et de Wardak, à l’ouest de Kaboul », note le rapport.
Au-delà de ces considérations géographiques, les Nations unies ont observé un changement dans les méthodes employées par les rebelles en réponse à la « supériorité des forces de sécurité afghanes et internationales dans les batailles de type classique ». Les insurgées recourent « à des tactiques asymétriques à petite échelle visant principalement les Forces nationales de sécurité afghanes et, accessoirement, les civils : engins explosifs improvisés, attentats-suicides, assassinats et enlèvements ». « Il y a eu 160 attentats-suicides et 68 tentatives déjouées en 2007, contre 123 et 17 en 2006 », rappellent les Nations unies.

- Des femmes attendent une distribution de nourriture du PAM à Kaboul
- Crédits : AP Photo/Musadeq Sadeq
« Le nombre croissant d’attaques visant des travailleurs humanitaires locaux et étrangers » ne cesse d’inquiéter la communauté internationale. « Au cours de plus de 130 attaques contre des programmes humanitaires, 40 travailleurs humanitaires ont été tués et 89 enlevés, dont 7 ont été ensuite tués par leurs ravisseurs », selon le rapport. « Plus de 40 convois de vivres fournis par le Programme alimentaire mondial ont été attaqués et pillés en 2007 ».
« Alors qu’on fait un large écho à l’insécurité qui règne dans le sud du pays et à ses conséquences, le bureau de la sécurité des organisations non gouvernementales (ONG) en Afghanistan indique qu’en 2007, plus de la moitié des incidents mortels concernant des ONG se sont produits dans le nord du pays en raison de crimes motivés par la situation économique ».
Enfin, pour clore le chapitre sécuritaire, l’ONU souligne que les rebelles restent dépendants de leurs réseaux basés à l’étranger « bien que la rébellion trouve dans la population afghane des appuis dont elle tire une partie de sa force ».
Une transition politique qui reste difficile
« Deux ans après l’adoption du Pacte pour l’Afghanistan, la transition politique reste en butte à de graves difficultés », constate le Secrétaire général, M. Ban Ki Moon. « Tant les taliban et les groupes armés apparentés que l’économie de la drogue représentent des menaces fondamentales pour les institutions politiques, économiques et sociales, encore fragiles », poursuit-il.
Les relations entre les pouvoirs législatif et exécutif sont, le plus souvent, tendues. « Après de longs débats, la loi sur les médias a été approuvée par les deux chambres mais elle a été rejetée par le Président au motif qu’elle était trop restrictive ». « Les tensions entre les pouvoirs exécutif et législatif se sont aggravées » après l’attentat-suicide qui, en novembre dernier, a coûté la vie à au moins 63 personnes, dont plusieurs députés. La chambre basse « a demandé que plusieurs responsables gouvernementaux soient suspendus de leurs fonctions pour n’avoir pas assuré la sécurité ».
La transition politique est rendue plus délicate par une gouvernance défaillante et par la difficile mise en œuvre d’un État de droit. Pour l’ONU, « la mauvaise gouvernance et les tentatives de développement limitées continuent de susciter une résistance politique favorable, directement et indirectement, aux éléments hostiles au Gouvernement ».
Le ministère de la Justice fournit en exemple frappant des carences de l’État afghan. Le rapport des Nations unies présente le ministère comme une administration « toujours submergée par le nombre et la complexité des textes de loi qui attendent d’être rédigés et examinés ». « Ce ministère, la Cour suprême et le Bureau du Procureur de la République continuent de manquer dans une large proportion de moyens matériels et financiers et de juges et de procureurs qualifiés et expérimentés », déplore le rapport. En outre, « le nouveau Centre national de formation juridique permet de former des magistrats et des procureurs, mais les menaces et les pots-de-vin entravent le recrutement, le déploiement et le maintien en fonctions de magistrats qualifiés et intègres là où leur présence est le plus nécessaire ».
« Les faibles salaires contribuent également à créer des conditions propices à la corruption », poursuit le texte. De plus, « le manque de transparence, le fait que les nominations et les possibilités d’avancement professionnel ne soient pas fondées sur le mérite et l’absence de dispositifs justes et efficaces d’enquête sur les violations du code de déontologie font que la responsabilisation est insuffisante et que la population n’a pas confiance dans le système judiciaire ». Ainsi, dans certaines régions, elle se tourne vers la justice des taliban.
Avec Nations unies

